LA VOIE DU NORD 11 juin 2011 (France) Les MAISONS DE NAISSANCES sont une alternative pour les femmes qui ne souhaitent ni être suivies ni accoucher à la maternité, dans un lieu jugé trop médicalisé. En France, ces maisons doivent faire l'objet d'une proposition de loi d'ici l'automne. L'Arche de Noé, à Namur, en Belgique, a ouvert, elle, il y a six ans. Reportage. La maison de naissance l’Arche de Noé, à Namur, en Belgique, a ouvert il y a six ans. Dans notre diaporama sonore, visite guidée de la maison de naissance de Namur avec Bénédicte de Thysebaert, sage-femme. (Montage : Elsa Grenouillet - Photos : Max Rosereau et E.G.) La maison est grande ouverte. Au rez-de-chaussée : le salon, pour les ateliers en tous genres de préparation à l'accouchement, et la cuisine. À l'étage, un petit bureau et les deux chambres où ont lieu les accouchements. Sur les murs, une suite de petits bateaux avec les trombines des bébés nés là. Soudain, dans l'encadrement de la porte, se dessine le large sourire de Bénédicte de Thysebaert, l'une des sages-femmes de la maison de naissance L'Arche de Noé, à Namur. Bénédicte arrive de la salle de consultation, de l'autre côté du jardin. Il est midi, elle a cueilli une salade au potager et acheté quelques fraises. La maison de naissance fait table d'hôtes pour les mamans - et papas - qui le souhaitent. Pour une simple question parfois, en cas de coup de blues ou pour prendre un café. « C'est très spontané », résume Bénédicte. « Certaines femmes viennent avant même la conception car elles ont déjà réfléchi à leur projet de naissance », rit-elle. Et c'est bien là tout l'esprit de la maison de naissance : vivre sa grossesse et son accouchement autrement, dans un univers qui n'est pas médicalisé mais que les parents estiment plus respectueux d'eux-mêmes et du rythme du bébé. Un vrai choix : pour près de la moitié des mamans suivies, il s'agit d'une première grossesse. « La maternité n'est pas une maladie », a écrit l'une d'elles sur le livre d'or. À l'Arche de Noé, elles sont suivies au plus près de leurs envies et « c'est plus cocooning », résume Bénédicte. Seule injonction: faire les trois échographies obligatoires. Et, point non négociable, seuls les mamans et bébés qui vont bien sont pris en charge. Au moindre doute, la maman est réorientée vers la maternité. Accoucher sans péridurale 14 h, Delphine arrive pour sa dernière consultation. C'est sa première grossesse. Elle est sur le point d'accoucher. Comme beaucoup de parents, elle a connu l'Arche de Noé par une amie, Julie. « Je voulais être dans un milieu plus naturel, plus à l'écoute de mes besoins et avoir du temps pour en parler. C'est une préparation physique mais aussi mentale et, ici, c'est beaucoup plus une aventure à trois. Le papa est vraiment associé. Au départ, je me demandais si je pourrais accoucher sans péridurale... mais je me sens en sécurité et en confiance. » L'accouchement est ce qui soulève le plus de questions. En France notamment (lire par ailleurs). « On laisse le bébé arriver », résume Bénédicte, trente ans de métier derrière elle. « Et puis, on a une réa de prête, au cas où... Je suis une hospitalière mais en Afrique j'ai beaucoup appris. Quand une femme et son bébé n'ont pas de pathologie, si on laisse se faire le processus spontanément, il y a beaucoup moins de risques d'escalade. En Belgique, systématiquement, à la maternité, on rompait la poche des eaux. Je pensais impossible de faire autrement. Je me trompais. Je me souviens d'un accouchement, il devait être déclenché le lundi, la maman est arrivée à la maison de naissance le dimanche, à 8h30. On a attendu sept heures avant que le bébé ne naisse. Pour un second, c'est long mais ce bébé était vraiment à terme et ces bébés-là ont juste besoin d'aller doucement. Si vous le provoquez, le bébé vivra probablement une souffrance. Or là, tout allait bien, tous les quarts d'heure, j'écoutais son cœur. » Bénédicte ouvre de grands yeux encore étonnés. « Un accouchement, à chaque fois, c'est un voyage. J'ai cette image d'un bébé sur le ventre de son papa et encore accroché à la maman par le cordon ombilical. C'était un instant incroyable (...) L'esprit des maisons de naissance est de faire confiance aux mères, aux pères et aux bébés pour cultiver autre chose que la peur. » Quelque 270 bébés sont ainsi nés en six ans à l'Arche de Noé. Ironie : le premier est un petit Français, originaire d'Amiens ! Quatorze transferts Pour toutes ces naissances, « il y a eu quatorze transferts dont seulement quatre en urgence, des mamans qui saignaient beaucoup », vers la maternité, située à 350 m et où a travaillé Bénédicte quinze ans. La sage-femme reconnaît des accouchements parfois longs et difficiles. « L'idée est que cette douleur n'abîme pas. » Pour la relation avec ce bébé, un suivant et parce que 24 heures plus tard, les mamans sont de retour chez elles. Le papa aura posé ses dix jours paternité et s'occupera de l'intendance. Une sage-femme de la maison de naissance la suivra à domicile. Il est maintenant 15h30, Julie justement, qui a accouché il y a quatre mois d'une petite Siloé, vient pour un contrôle postnatal. Bénédicte a préparé une compote à la rhubarbe : « À chaque enfant qui naît, le monde recommence. » «ÇA N’A RIEN DE "BABA COOL"» Originaire du Pas-de-Calais, Marion habite près de Sedan. Suivie à l’Arche de Noé, à Namur, elle a dû accoucher à la maternité en France. «Je suis infirmière et j’ai travaillé en salle d’accouchement pendant deux ans et demi. Avant même d’être enceinte, je savais ce que je ne voulais pas pour moi et mon bébé. Aussi, pour ma première grossesse, dès que j’ai eu l’accord de la Sécu, j’ai été suivie pour les échos, en France, mais pour le reste à l’Arche de Noé de Namur, à deux heures de route. Je savais donc que si le travail commençait en fin de journée, ou de nuit, faute d’avoir l’aval d’une sage-femme pour prendre la route, il me faudrait accoucher en France. C’est ce qui s’est passé mais grâce au carnet de suivi, ça n’a pas posé de problème : tous mes examens étaient consignés... Accouchement naturel n’a rien de "baba-cool". C’est aussi sérieux, ce n’est simplement pas la même approche... En France, je n’ai pas pu choisir ma position pour accoucher. Aujourd’hui, j’attends un second. Je suis suivie par une sage-femme libérale. On organise tout pour un retour rapide à la maison.» C’est plus clair UN CHIFFRE 828000. Le nombre de naissances en France en 2010. Un record depuis 1982. L’indice de fécondité est désormais d’un peu plus de 2enfants par femme et n’a jamais été aussi important en 35 ans. (Source INSEE) UNE DATE 1975. La première maison de naissance, appelée «birth center», a été créée en 1975, à New York. Les États-Unis comptent aujourd’hui plus de cent établissements de ce type. ÉCONOMIES 7 millions d’euros par an. Au regard de ce qui se passe à l’étranger, le montant des économies réalisées si 1,5 % des naissances, en France, étaient réalisées dans une soixantaine de maisons de naissance. MORTALITÉ Maternelle. Entre 2001 et 2006, la France a recensé 463 morts maternelles (décès au cours de la grossesse ou dans les 42 jours suivant l’accouchement). Le taux de mortalité maternelle moyen en Europe est de 6,3‰, 7,6 ‰ en France (9,6 ‰ officieusement), la plaçant au 13erang européen. Mortalité néonatale précoce. Décès entre 0 et 6jours du bébé. Ce taux est de 1,7‰ en France en 2009 et figure aussi parmi les plus élevés d’Europe. L’Académie de médecine tempère : la France tiendrait trop bien ses stats. EN SAVOIR PLUS LIRE «Ma grossesse bio et naturelle», par MarieTouffet, Eyrolles. 12,90E. «Préparation à l’accouchement: les méthodes pour accueillir bébé en douceur», par B. Le Goëdec. First Éditions. 9,90E. SURFER www.maison-de-naissance.be : site de l’Arche de Noé à Namur. www.ordre-sages-femmes.fr