Maison de naissance
en vue
Le Soir du 14 septembre 2004
CORINNE BODART
Entretien avec Bénédicte
de Thysebaert
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Au mois de décembre prochain, la capitale
wallonne devrait avoir une maison de naissance. Une autre
façon d'envisager l'arrivée d'un heureux événement,
comme nous l'explique l'une des quatre sages-femmes porteuses
du projet, Bénédicte de Thysebaert, par ailleurs
présidente de l'Union professionnelle des accoucheuses
belges.
Quel est le concept d'une maison de naissance
? C'est un lieu, avec l'infrastructure nécessaire,
qui accueille des couples qui attendent un bébé
pour la surveillance de leur grossesse, pour la préparation
de leur accouchement et qui peut, si la grossesse se déroule
bien et que l'accouchement s'annonce dans de bonnes conditions,
être un lieu accueillant les couples pour la mise
au monde leur enfant. Et d'un point de vue plus «
légal » ? Au niveau de la définition
européenne de la maison de naissance, c'est un lieu
qui est tenu par des sages-femmes. Elles font leur travail
de sage-femme qui est prévu par la loi de leur pays.
Qu'en est-il en Belgique ? En Belgique, les
sages-femmes peuvent surveiller de manière autonome
une grossesse. Elles doivent toutefois référer
le couple à un gynécologue ou à un
médecin généraliste suivant le cas.
Si à l'observation, il y a détection d'une
pathologie ou d'une anomalie. Et il faut de toute façon,
en début et en fin de grossesse - la loi le demande
- que l'on oriente le couple vers un médecin pour
un examen médical complet que la sage-femme n'est
pas habilitée à faire. Sinon, si tout évolue
bien, les consultations (remboursées) se font comme
chez le gynécologue, une fois par mois pour se rapprocher
vers la fin.
Et au niveau de la mise en route d'un accouchement
? Le principe en Belgique d'un accouchement par sage-femme,
c'est que l'accouchement est spontané. On ne provoque
jamais un accouchement. On ne met jamais en route un travail.
On se « réserve » uniquement les accouchements
à terme, qui spontanément se mettent en route.
Dès que la maman nous appelle et que l'on se retrouve
à la maison de naissance, on confirme de fait que
toutes les conditions sont encore bonnes pour continuer
ce projet. Ce qui nous demande toujours, à chaque
niveau de surveillance, une énorme vigilance et de
la rigueur pour être toujours dans le dépistage
d'une éventuelle anomalie qui nous ferait référer
sa maman chez son gynécologue.
Pourquoi faire une maison de naissance en
plus des deux maternités namuroises ? L'idée
n'est pas venue de nous. De plus en plus de couples nous
demandent des manières d'aborder l'arrivée
d'un enfant un peu alternatives à ce qui leur est
habituellement proposé dans le milieu médical.
Mais nous insistons sur le fait que nous comptons travailler
en collaboration avec d'autres intervenants du monde de
la santé. Que ce soit en termes de collaboration
de transferts avec les hôpitaux ou avec les autres
intervenants de première ligne, comme les médecins
généralistes, les kinés, etc.
Que recherchent ces couples exactement ? Comme
constante, cette envie d'être probablement un peu
plus entendus dans leurs souhaits. De ne pas être
considérés comme des gens qui n'ont pas de
compétence pour faire des choix. Or, la particularité
du monde de la sage-femme - et d'autres aussi d'ailleurs
- est le souci de toujours être dans le choix éclairé.
Les notions de temps et de confiance sont également
importantes aux yeux de ces couples. Une confiance qui leur
permet d'aborder l'accouchement sans péridurale.
Car en maison de naissance, il n'y a aucune intervention.
Cela signifie bien que cela ne va jamais répondre
à une attente massive. Cette maison de naissance,
c'est une alternative mais pas le mode de naissance de demain.
C'est-à-dire ? C'est une alternative
pour que le nombre d'accouchements à domicile ne
soit pas obligé d'augmenter de manière aussi
massive qu'à l'heure actuelle. Pour que l'on puisse
travailler dans des structures proches des hôpitaux.
Les demandes d'accouchements à domicile
sont en hausse ? En 1996, je pense que j'étais la
seule sage-femme libérale dans le Namurois et aujourd'hui,
nous sommes treize. Et on a toutes du boulot. Mais vous
savez, nous restons humbles par rapport à ce projet.
Il ne convient qu'à un minimum de personnes. Mais
j'aime la phrase : « Une société qui
ne prévoit pas d'alternative sera sous-développée
demain ».
© Rossel et Cie SA, Le Soir en ligne,
Bruxelles, 2004
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