Déjà 4 mois que nous formons une petite famille et les souvenirs
de ta naissance s'effacent peu à peu ; vite il faut que j'écrive avant d'avoir
tout oublié.
Cela fait déjà 4 jours que le terme est
dépassé. Tous les remèdes y passent : homéopathie prescrite par M-Christine,
huile d'onagre, méthode italienne, viande de bœuf et pâtée de campagne à tous
les repas...rien n'y fait, tu restes blotti au chaud dans le ventre de maman.
Nous sommes bien comme ça tous les deux, rien ne presse, le jour que nous
avions secrètement choisi n'est pas encore arrivé.
Par ce beau mardi de printemps, nous partons faire les courses comme tous les
matins depuis une semaine ; il ne faut manquer de rien le jour J, les placards
et le frigo sont pleins. La maison est plus propre que jamais. Après une petite
sieste matinale, nous faisons notre grande promenade au pas de course comme
tous les jours depuis déjà un mois, c'est Arena qui
est heureuse de cette habitude. Je te raconte l'odeur de la nature, les oiseaux
qui tournoient dans le ciel, le soleil qui me caresse le visage en me disant
que ça devrait te décider à pointer le bout de ton nez. Puis je t'explique ta
naissance, j'essaie de te rassurer, je te dis que nous serons tous les deux et
que papa, Bénédicte et M-Christine seront là pour nous aider.
Nous rentrons, j'appelle Bénédicte pour prendre rendez-vous pour le monitoring
de jeudi mais je lui dis que nous nous verrons sans doute avant pour ta
naissance.
Rien n'a changé et pourtant je suis persuadée que demain sera le grand jour.
Nous allons nous coucher comme tous les soirs, pas une contraction, me
serais-je trompée?
A 4h30, une contraction me réveille, elle n'est pas vraiment douloureuse. Alors
j'essaie de me rendormir en me disant que si le travail a vraiment commencé je
ne trouverai pas le sommeil. Puis les contractions commencent à se succéder,
régulières, douces mais suffisamment intenses pour que je ne replonge pas dans
le sommeil. Une heure plus tard, je me décide à attraper le portable pour
chronométrer le temps qui s'écoule entre deux vagues : 6 minutes, je suis
contente, on dirait que ce sera pour aujourd'hui. 6h30 : je me plonge dans un
bain pour vérifier que les contractions ne disparaissent pas...toujours 6
minutes, le travail a bien commencé. Jose se réveille, il est tout excité!
8h : l'heure me semble convenable pour appeler Bénédicte et la prévenir que
nous arriverons certainement dans
Nous déjeunons puis je décide de rappeler Bénédicte, il faut que nous partions,
nous avons 3/4 d'heure de route et il est 9h, j'ai peur de tomber dans les
bouchons et les contractions se sont intensifiées d'un coup. Nous nous donnons
rendez-vous à la maison de naissance à 10h.
Nous voilà partis, nous sommes sur un petit nuage, à chaque contraction je
m'agrippe à la poignée au-dessus de
2cm d'ouverture ce n'est pas très encourageant mais M-Christine me dit que ce
sont les plus longs et les plus difficiles, bébé devrait arriver aujourd'hui.
Elle nous laisse nous installer, me propose de me changer, de me promener dans
le jardin et Bénédicte, qui nous a rejoints entre temps (après un petit tour
chez le coiffeur, elle s'est faite toute belle pour t'accueillir) nous demande
ce que nous voulons manger à midi :-) avant de partir au marché. Mais les
contractions sont trop fortes et trop rapprochées pour que j'arrive à bouger de
la chambre, je me dis que jamais je n'arriverai à descendre jusqu'à la cuisine
pour manger et encore moins jusqu'au jardin. J'ai très mal au dos entre deux
contractions, aucune position ne me soulage, jamais je ne tiendrai comme ça 10
heures ou plus. Je demande à José de me faire couler un bain, le chaleur m'aidera peut-être. Il est midi, Bénédicte vient
m'ausculter et me dit que c'est très bon signe cette envie de prendre un
bain...effectivement, 7cm. Quel soulagement, il me semblait bien que ça
travaillait sérieusement. On oublie le repas, bébé sera là en début
d'après-midi.
Bénédicte va se changer et va prévenir M-Christine de la bonne avancée
des choses. L'eau change tout, plus de douleur entre deux contractions, je
récupère un peu mais les vagues sont plus fortes, plus longues, je me concentre
sur bébé, je me dis que je veux qu'il ait une belle naissance qu'il ne souffre
pas, je l'encourage et ça me donne beaucoup de force.
Puis tout à coup cette formidable envie de pousser, il faut que je sorte de la
baignoire, je ne veux pas qu'il naisse dans l'eau (j'imaginais encore qu'en 3
poussées tu serais là, j'avais finalement le temps de sortir de la baignoire
tranquillement...). Bénédicte m'aide à arriver jusqu'au lit, j'essaie de
pousser à 4 pattes mais je n'ai plus la force, cette position m'épuise. Alors
elle me propose le tabouret hollandais et l'écharpe, mes forces reviennent,
cette envie de pousser est si puissante, ça me dépasse, j'ai envie de crier, ça
me donne plus de force encore, c'est bestial, mon corps sait ce qu'il doit
faire et il le fait avec tant de puissance, ça me dépasse, je n'en peux plus,
je ne suis plus, j'ai trop chaud, j'ai soif, j'ai besoin d'une pause mais une
nouvelle contraction me rappelle que je dois continuer. Bénédicte me dit que tu
avances bien et me propose d'aller toucher ta tête, elle me semble encore si
loin. M-Christine m'éponge le front, José pose une main rassurante, c'est bon
de sentir leur présence mais je ne supporte plus le moindre contact, j'ai si
chaud. Puis je sens tes pieds pousser pour te propulser, tu es là, tu as envie
de naître, nous sommes tous les deux, il faut que je t'aide, je ne veux pas que
tu souffres, cette idée m'obsède et m'encourage.
Je ne tiens plus debout, il faut que je me couche. Tu arrives, ça brûle, tu
n'es plus loin, ça brûle encore mais tu ne parviens pas à sortir, ton rythme
cardiaque baisse. Bénédicte me dit qu'elle est obligée de faire une
épisiotomie, je ne veux pas, j'ai peur d'avoir plus mal encore, mais avant que
je m'en rende compte, ta tête est là, tu bouges, tu vas bien. Papa jubile, tu
es si beau. La prochaine contraction me semble tarder à arriver, je veux te
serrer contre moi. Puis tu es là, tout entier, il est 14h20, j'ai besoin de te
prendre contre moi pour te consoler, pour me consoler, pour nous reposer après
cette tempête.
Le calme revient mais au fait quelqu'un a-t-il vu si tu étais une fille ou un
garçon? Papa lève ta petite jambe, tu t'appelleras Marco.
Nos deux anges s'éclipsent et nous laissent en famille, nous sommes si heureux.
Un immense merci à cette formidable équipe que forment Bénédicte, M-Christine
et Evelyne. Grâce à elles, nous avons vécu cette grossesse en toute sérénité et
ta naissance a été encore bien plus belle que tel que nous