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Kerian… né comme dans un doux rêve.
Depuis
quelques jours déjà je ressens de temps en temps une douleur au ventre la nuit…
les fameuses contractions douloureuses, que je n’ai jamais connues de façon
naturelle pour la naissance de ton grand frère, Aodren.
Dans un demi-sommeil je me rends compte que j’en ai eu quelques unes
d’affilées… le moment serait-il venu? Je me force à regarder l’heure: il est
2h… à partir de ce moment là je regarde l'heure à chaque contraction et de fait
les contractions sont assez régulières, toutes les 10 minutes environ. Malgré
tout je dors entre deux contractions et après une heure et demie à ce rythme je
me dis que je dois réveiller ton papa. J’avoue que je n’ai pas envie de le
réveiller car je sais que cela va déclencher le branle bas de combat et je ne
pourrai plus me reposer entre deux. Finalement vers 4h je le réveille tout
doucement. Et voilà que je fais la rencontre de "St Thomas", qui sera
le surnom de ton papa tout au long de cet accouchement : « Mais non ma chérie,
c’est beaucoup trop tôt, tu n’es qu’à 38 semaines: c’est une fausse alerte. »
J’ai beau lui dire que je sais que c’est le bon jour: il ne veut pas me croire.
Il m’envoie prendre un bain : « Tu verras après tu n’auras plus rien ». Il est
vrai qu’il se base sur notre première expérience d’accouchement, qui j’ai beau
le lui répéter, est incomparable dans la mesure où la surmédicalisation y a
commencé à 7 mois de grossesse avec la prise d’hormones alors qu’ici on a
laissé faire la nature et les contractions dès 6 mois et demi de grossesse. Mais
revenons à cette nuit magique. Après 20 minutes de bain les contractions se
sont accélérées et viennent toutes les 5 minutes. Vers 5h je téléphone à tes
grands-parents pour qu’ils viennent garder ton grand frère. Moi je me recouche
et là je me dis que je n’y arriverai pas… la douleur est déjà trop forte or on
est qu’au tout début du travail. Le projet en maison de naissance sans péri
c’est de la folie… je ne pourrai pas supporter la douleur. Pourtant entre les
contractions j’arrive encore à somnoler. Pendant ce temps-là ton papa termine
de faire les sacs qui n’étaient pas encore tout à fait bouclés. Quand il a fini
il se couche derrière moi, une chaleur réconfortante dans le dos… et c’est là
que je trouve notre bulle. Pour expirer lentement (ce que je fais à chaque
contraction depuis le début) on m’avait donné des images telles qu'une flamme à
éteindre tout doucement, la mer etc, mais rien ne
marchait. Notre bulle je l’ai trouvée quand j’ai trouvé notre image… je souffle
tout doucement sur tes petites fesses et t’incite à pousser sur le col pour
qu’il s’ouvre encore et encore… A partir de ce moment là on est vraiment lié
dans cet accouchement et tout se passe mieux... cette image m’accompagnera à
chaque contraction jusqu’à ta naissance. Vers 6h je me lève, je m’habille, je
m’installe sur le ballon et ton papa est enfin d’accord pour que je téléphone à
Evelyne pour lui dire que ça fait deux heures que je suis à 4-5 minutes
environ. Elle est catastrophée : j’aurais dû appeler plus tôt! Rendez-vous à
6h45 à la maison de naissance. Mes parents arrivent vers 6h30. Entre temps on a
réveillé Aodren et on lui a expliqué que tu va enfin venir
et que bientôt il pourra te prendre dans ses bras (chose qu’il demande
inlassablement depuis des semaines). Et voilà que ton papa veut faire du
chocolat chaud pour Aodren. Heureusement, là j’ai été
catégorique: il faut partir. Je pense que si là il ne m’avait pas écoutée tu
serais probablement né à la maison...
Vers
7h00 on arrive à la maison de naissance. Evelyne nous y attend et regarde où
j’en suis et je pense que ni ton papa ni moi on oubliera ce qu’elle nous a dit
à ce moment là : « Patricia, tu as déjà bien travaillé… tu es a 8cm ». Les
larmes débordent chez moi comme chez ton papa. C’est seulement à ce moment là
qu’on a su qu’on ne revivrait pas l’hyper-médicalisation qu’on a subie lors de
la naissance d’Aodren et ce n’est qu’à ce moment là
que j’ai su avec certitude que oui tu verrais bien le jour comme nous le
souhaitions de tout notre cœur ton papa et moi, à la maison de naissance,
naturellement. Les émotions allant mieux, je me réinstalle sur le ballon. Entre
les contractions ton papa me fait des massages aux huiles essentielles, par
contre pendant les contractions je suis avec toi, comme je l’ai été depuis ce
moment il y a seulement 2 heures, où j’ai trouvé ma bulle. Et pas question que
qui ce soit me touche à ce moment là, j’ai trop besoin d’être avec toi rien
qu’avec toi pour t’encourager à parcourir ce si long chemin, tout en me
balançant sur le ballon et me pendant à l’écharpe qui est suspendue au plafond
au-dessus de ma tête. Les contractions s’intensifient, se tonifient. Vers 8h15
je sens qu’il va falloir que je bouge, car cela stagne. Avant d’avoir pu dire
quoi que ce soit, Evelyne me propose de me déplacer sur le tabouret
d’accouchement pour regarder où j’en suis. Le mouvement nécessaire pour me
déplacer sur le tabouret fait qu’il est inutile de regarder où j’en suis, j’ai
envie de pousser… non je dois pousser… ce n’est plus moi qui décide c’est mon
corps qui me dis de pousser et je pousse … une première fois pour rompre la
poche des eaux… une deuxième fois pour voir apparaître ta tête et là on est
entre deux eaux… un temps suspendu où tu es déjà là mais pas encore tout à fait
là… je vois ton visage face à moi pendant qu’Evelyne enlève le cordon qui
s’était mis autour de ton cou… avant la troisième poussée qui te fera naître si
vite qu’Evelyne arrive tout juste à te rattraper. Il est 8h43. Tu es là, sur
moi. Tout les trois, toi, moi et ton papa avons réussi cette naissance « comme
dans un doux rêve », rêve que je n’avais pas osé faire avant la naissance de
peur qu’il ne puisse se réaliser… de peur d’atterrir à l’hôpital malgré tout… rêve
qui s’est réalisé…
Avant
de boucler ce récit d’une nuit magique je tiens à remercier plusieurs
personnes.
Avant
tout merci à ton papa pour sa présence cette nuit-là, mais surtout pour avoir
cru en moi et en mes capacités à te mettre au monde naturellement. Sans lui je
n'aurais jamais réussi. Merci!
Je
veux également remercier la maison de naissance et les sages-femmes qui y
travaillent d’offrir aux parents qui le souhaitent la possibilité de vivre un
tel accouchement. Avec un merci particulier à Evelyne et Catherine qui nous ont
accompagnés cette nuit-là!
Par
ailleurs je tiens aussi à remercier les filles d'un forum pas comme les autres
car c'est grâce à elles que j’ai appris qu’il y avait moyen d’accoucher
autrement, que l’hôpital n’était pas indispensable et que des alternatives
existent. Merci à toutes !