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Toute une aventure...

par Emmanuelle le 2007-11-26

Et voilà... nous y sommes, de retour à trois à la maison! Que du bonheur! C'est vraiment un moment magique...

Alors, que s'est-il passé, pourquoi l'hôpital? Comment ça s'est passé, comment avons nous vécu cette aventure d'il y a quelques jours, vous êtes nombreux à vous le demander... Je vous préviens, ce sera long ;-). Je profite de cette occasion pour refaire le point sur ce qu'on a vécu, et en garder la trace. N'hésitez pas donc à ne le lire qu'en diagonale si vous le souhaitez. Que les femmes enceintes soient attentives à ne lire que le côté positif des choses, tout s'est très bien passé au final et chaque accouchement est unique.

Comme certains le savent (on l'avait écrit je pense) nous avions le projet d'accoucher en maison de naissance, donc dans un petit cocon juste assez médicalisé que pour être en sécurité mais pleinement humain et simple hors du stress et des réflexes parfois trop rapides et automatiques du médical, laissant le temps au temps dans le respect du rythme du bébé et de la maman.

Nous avions donc rendez-vous vendredi 16 à la maison de naissance avec Bénédicte, la sage-femme qui était justement de garde pour faire un monitoring et un examen afin de voir où nous en étions. En fin de monitoring, elle remarque qu'il y a sur le tracé une contraction relativement longue, que je n'avais même pas sentie, en rigolant je lui réponds: pas de problème, on a les valises dans la voiture! et on en rit ensemble...

Deux minutes après, en me retournant sur le dos pour me faire examiner,  je sens que je perds les eaux! Nous sommes donc restés à la maison de naissance pour vivre ce travail qui démarrait! Nous nous sommes installés dans la chambre de naissance, allumé des bougies, la musique douce, fait notre nid mais je ne sentais encore rien de bien manifeste...

On a donc été faire une petite ballade en amoureux dans le froid de la nuit mais surtout tremblants d'émotion de se dire que nous allions repartir à 3 de là! On a partagé le repas avec Bénédicte, qui allait nous accompagner jusqu'au bout de cette aventure de manière extraordinaire...

Ce passage à la maison de naissance fut un pur bonheur. Nous avons vécu l'avancée du travail, petit à petit, avec la présence discrète et à la fois bien présente de Bénédicte qui a passé ces 30 heures et quelques avec nous! Elle nous chouchoutait, nous encourageait, nous informait de ce qui se passait et faisait tout pour favoriser l'évolution du travail (petites manipulations, huiles essentielles, homéopathie, etc). Nous avons particulièrement goûté de ne pas être à la maison à nous demander quand on devait partir, ni être à l'hôpital à attendre que les choses avancent ou passer trop vite à accélérer médicalement les choses.

Nous avons ensuite essayé de dormir. Avec l'émotion, j'avoue ne pas avoir trouvé le sommeil facilement... Elle m'a réexaminée à 1h du matin puis nous avons chacun réessayé de dormir un peu, j'y suis un peu parvenue heureusement. Elle m'a réexaminée vers 6-7h du matin. Malheureusement, il nous a fallu faire un constat: j'avais perdu les eaux alors que mon col n'était pas du tout prêt et cela n'a pas beaucoup accéléré les choses. J'ai démarré le vendredi avec une petite ouverture de 1 cm et un col encore long et le samedi matin le col n'était toujours pas effacé et n'était toujours qu'à 3 cm.

Le protocole médical dans ce genre de situation c'est que 12h après la perte des eaux, les hôpitaux provoquent l'accouchement, et il était donc normalement obligatoire que je sois transférée à l'hôpital. Nous avons donc vécu une grosse déception... Bénédicte a téléphoné à l'hôpital pour voir si on pouvait quand même prendre paisiblement notre petit déjeuner avant d'y aller ce qui a été accepté. Nous en avons donc longuement discuté avec elle et nous avons pris ensuite la décision ensemble d'appeler ma gynécologue pour avoir son avis. Et c'est là que nous avons réalisé à quel point nous avions de la chance: la gynécologue a entièrement fait confiance à Bénédicte dans ses compétences et a accepté de laisser un délai supplémentaire à notre projet, à la condition de me mettre sous antibiotique (le seul risque en cas de perte des eaux précoce est d'avoir une infection). Nous avions donc encore un délai jusqu'à 15h le samedi pour voir si le travail se mettait réellement en route (je n'avais toujours pas de contractions réguières mais juste quelques unes assez supportables). Si cela démarrait vraiment, j'accouchais là, sinon, il était important que l'on aille à la clinique pas trop tard pour faire une transition dans de bonnes conditions et accélérer médicalement les choses.

A 15h, dernier bilan, en trois heures, mon col s'était un peu effacé mais pas plus d'ouverture...

Ce délai supplémentaire fut un vrai cadeau. Nous avons eu le temps par cette occasion de donner toutes les chances à Marion de venir dans les conditions que nous espérions et à la fois de nous faire à l'idée que les choses se passeraient un peu différemment et qu'il était temps de laisser place à la médecine, pour notre bien à tous. Nous sommes donc partis sereins à St Pierre à Ottignies où nous étions attendus. Nous avons également profité de ces moments pour nous reposer et encore partager un agréable repas en toute simplicité avec Bénédicte qui nous a cuisiné une bonne soupe bio toute fraîche et nous a fait une bonne salade (j'ai même épluché les carottes, pour dire à quel point c'était détendu comme atmosphère!)

A l'arrivée, nous avons été très rassurés: la salle d'accouchement avait un éclairage doux, la sage-femme de l'hôpital nous a accueillis avec des mots rassurants et nous a présentés des moyens doux pour vivre le travail: ballons, coussins, musique, etc. Cela dit, étant donné le dessin des contractions, trop courtes, elle m'a donc rapidement mise sous Baxter d'ocytocine pour accentuer les contractions. Et c'est là que les choses ont pris vraiment la tournure moins drôle... Mes contractions étaient devenues vraiment marquées depuis environ une heure de l'après midi mais là, c'est rapidement devenu vraiment d'une intensité très forte... et après quatre heures de travail dans ces conditions, je n'en étais toujours qu'à 6 cm d'ouverture et je n'avais même plus le temps de me reposer entre les contractions, j'étais à bout... j'ai donc dû envisager de demander la péridurale, ce que j'ai fait. J'ai énormément apprécié que la sage femme de l'hôpital ne me la propose pas et me laisse pleinement dans mon choix initial. Florent, très présent dans son rôle d'époux aimant et soutenant a continué ce qu'il faisait depuis la veille, être toujours là, présent, me soutenant et cherchant à m'aider à passer au-dessus de tous les obstacles en paix. Il m'a donc soutenue dans mon choix sans non plus chercher à me forcer, prenant énormément sur lui pour me soutenir sans faillir malgré la douleur de me voir souffrir (et de souffrir un peu aussi car je lui ai martyrisé les mains ;-) et son inquiétude qu'il parvenait à masquer pour m'apaiser... Je bénis le ciel d'avoir un tel mari...

Bénédicte aussi fût d'une aide précieuse car, ne pouvant assurer l'accouchement, très respectueuse du travail de ses collègues elle était très présente pour le relationnel et nous a soutenus en m'apaisant de ses gestes doux dès que j'en avais besoin, c'est-à-dire de manière presque permanente.

Je disais donc, il était important que je revoie mon projet et me dise que la péridurale était devenue nécessaire pour nous permettre d'aller jusqu'au bout et ne pas arriver sans forces au moment de l'expulsion. J'ai eu la grande chance que cette décision me soit confirmée par le déroulement de la suite. En effet, il n'était alors que 20h30... (Marion est née à minuit 43) La péridurale a malheureusement d'abord un peu ralenti le travail mais j'ai pu alors me reposer un peu et puis on a réaugmenté l'ocytocine pour faire avancer les choses. Ici encore, que du bon, tout s'est déroulé impeccablement, péridurale parfaite, bien faite et efficace, merci aux professionnels.

Passons les détails de la fin de la première dose de péridurale, la lenteur pour me réinjecter une dose, la même histoire à l'approche de l'expulsion où j'ai eu le sentiment que je n'avais pas de péridurale et le temps de chercher ce qui bouchait le tuyau puis le temps que cela fasse effet. Cela dit, ça m'a permis de pouvoir aider Marion à descendre dans les dernières contractions et de pousser au bon moment pour l'expulsion! Malheureusement, mon col étant décidément très capricieux, il était mal orienté et repoussait chaque fois Marion vers l'intérieur malgré mon ouverture à 9cm. La gynécologue a donc pris les choses en main et a donné un coup de main à notre puce avec les forceps... j'ai été très heureuse de ne savoir qu'après coup que nous étions passés à deux doigts de la césarienne. C'est encore un de ces moments nombreux où nous nous sommes sentis soutenus et respectés dans la manière dont nous avions préparé notre projet de naissance

Et... c'est là que, centrée sur l'effort et la douleur, désespérée de cette attente interminable j'ai eu la voix de l'homme de ma vie qui m'a crié: elle est là! et que je l'ai sentie posée sur moi, vivante, criante et gigotante! Enfin!!! Bonheur, émotion, soulagement, difficile de décrire ce moment...

Après un bon moment de haute couture par la gynécologue durant lequel j'ai eu la chance de garder Marion sur moi et de goûter avec Florent à ce petit miracle, nous avons été laissés seuls à 3 dans la salle de naissance pendant un bon moment, Marion juste recouverte d'un essuie et déposée tout contre moi les yeux grands ouverts et réclamant déjà mon sein à peine sortie! Nous étions dans une autre dimension!

Juste encore un petit mot sur l'"après": comme pour l'accouchement, nous avons eu la chance d'avoir un soutien très chouette de la part des sages-femmes de l'hôpital durant le séjour. Certaines plus particulièrement, notamment Christel Jouret qui viendra encore s'occuper de nous au retour, Noémie qui était particulièrement sensible à notre vision des choses, ayant elle-même accouché en maison de naissance, plusieurs de ses collègues aussi dont nous ne connaissons pas le nom mais qui ont pu nous apaiser, nous apporter du soutien dans la nouvelle difficulté que nous rencontrions: la difficulté de Marion à prendre le sein... tout en étant sensibles au fait que nous avions dû modifier un projet qui nous tenait à coeur et pour lequel elles avaient beaucoup de respect.

Bilan:
- Un bébé en pleine santé qui en plus est le plus beau bébé du monde, pour de vrai!
- Une aventure de couple unique me rendant encore plus amoureuse de mon mari (comme si c'était possible) et un émerveillement pour sa force dans ces moments et son soutien sans faille
- La découverte d'un petit papa qui se découvre tout naturellement des gestes paternels envers son enfant, qui est parvenu à calmer sa fille avant son premier dodo et la coucher tout en douceur sans la réveiller pour éviter de réveiller la petite maman à bout de force
- La justesse à chaque instant de chaque tournant pris dans cette aventure
- Un bilan médical positif avec la préservation de mon capital obstétrical pour envisager pourquoi pas une naissance ultérieure en maison de naissance? (non non pas tout de suite ;-))
- Des professionnels qui, chacun à son niveau a fait un boulot irréprochable, tant médicalement qu'humainement
- Malgré tout, la prise de conscience que le déroulement de l'accouchement ne fut pas facile et sera peut-être à retravailler à un niveau ou à un autre (notamment ostéopathique pour Marion), même si on veut n'en garder que les aspects positifs

et voilà donc l'aventure de l'accouchement d'une petite famille...