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Samedi 14 avril 2007
Le temps est presque estival. Ce matin, nous avons
été promener, histoire de prendre l’air et de faire travailler le col … Je suis
toute ronde de toi et je me demande quand tu vas nous arriver (terme prévu le
17 avril). Il est un peu plus de 18h30
quand je sens une contraction accompagnée d’un tiraillement, là en bas. Je
continue à préparer le souper en me disant « chouette, le col
travaille ».
19h : Ca continue et je me rends compte que
les contractions arrivent à intervalles réguliers de 6 – 7 minutes. Tiens,
tiens, … Serait-ce le début du travail ? Philippe et moi achevons de
manger, presque dans le silence. Vous savez, ce silence qui précède les
tempêtes … Nous faisons rapidement la vaisselle. Je continue à regarder
l’horloge. Les contractions sont régulières.
20 h : J’ai envie d’aller marcher mais je
téléphone d’abord à Marie-Christine pour lui décrire mes sensations. Sur son
conseil, je prends un bain dans une atmosphère tamisée (musique douce et
bougies pour seule lumière). Philippe est rempli d’émotions et a les larmes aux
yeux à l’idée de bientôt te rencontrer. Dans l’eau, je te parle, à toi mon
bébé. Curieux moment hors du temps où je me demande si tu as décidé de naître
ou s’il s’agit d’une fausse alerte. Les contractions sont toujours là, même
intensité, un peu plus rapprochées. Je
n’ose y croire.
21h : Je rappelle Marie-Christine. C’est bien
le travail qui a commencé. On convient que je la rappelle quand j’en ai besoin,
quand on veut rejoindre l’Arche. Ca y est, notre vie est en train de basculer.
Philippe regarde la télé d’un œil distrait. Je suis en peignoir dans le
fauteuil. Les contractions se rapprochent et s’intensifient. On décide de
mettre les « valises »dans la voiture. A chaque contraction, je me
lève et fais quelques pas pour respirer et accompagner la douleur (car le
tiraillement du début s’est transformé en douleur). J’écoute une dernière fois
la chanson de Fabienne Marsaudon « 9 mois d’amour » et je pleure dans
les bras de Philippe. C’est la fin de la grossesse, le début d’une nouvelle
étape. Je sais que d’ici peu je serai ballotée par les forces primitives de
22h30 : A ma demande, nous allons marcher dans
la rue. Quelques centaines de mètres pendant lesquels je me plie en deux
régulièrement …
23h : Je décide de rappeler Marie-Christine.
L’heure est venue pour moi, pour nous, de rejoindre la maison de naissance. Je
suis déjà dans la nuit des temps. Les vagues de douleur se suivent et se
retirent. Je garde les yeux fermés pendant tout le trajet. Je respire. Je pense
à mon col en train de s’ouvrir.
23h45 : Nous arrivons à l’Arche.
Marie-Christine nous attend. J’ai déjà peu de répit entre les contractions (2 –
3 minutes). Philippe installe nos affaires, allume les bougies et met de la
musique. Je suis couchée sur le lit. J’expire profondément à chaque
contraction. Je garde les mains grandes ouvertes, à l’image de ce col de
l’utérus qui s’ouvre pour laisser passer la vie.
1h15 : Les 2 cms d’ouverture de notre arrivée
se sont transformés en une ouverture totale … Quelle rapidité ! Quelle
douleur aussi … Je suis bousculée par le rythme des contractions qui me laisse
à peine le temps de reprendre mon souffle. Je me sens de plus en plus petit
bouchon perdu au milieu de l’océan, balloté par des forces qui me dépassent,
qui viennent du plus profond de mon être, du plus profond de l’humanité. Le
rivage revient régulièrement mais de plus en plus furtivement. Voilà déjà la
suivante et tout d’un coup la poche des eaux se rompt. Bruit insolite dans
cette chambre où règne une atmosphère de tempête et de calme à la fois.
Philippe est à mes côtés. Il me caresse la tête,
m’encourage. Il me passe de l’eau fraîche sur le visage. Il me pince aussi …
Technique apprise lors de nos séances d’haptonomie. Ces pincements très vigoureux
au moment des contractions font une grande différence pour moi. Ca rend la
douleur plus gérable.
Je ne parle pas. Je n’en ai plus la force. J’ai les
yeux fermés, tout mon être est tourné vers mon ventre. Je te parle à toi Hugo,
je t’encourage à descendre dans mon bassin. De temps en temps, je laisse
échapper un cri au moment des contractions.
Pendant 1h30, les contractions continuent à
m’envahir, accompagnées de poussées. Je change plusieurs fois de
position : tabouret, couchée sur le côté, sur le dos, à 4 pattes sur un
gros ballon. 1h30 de ces poussées et pourtant tu ne t’engages pas. Catherine, (la
seconde sage-femme) est arrivée, présence discrète. Et toi tu te fais attendre.
(Marie-Christine nous dira quelques jours plus tard qu’au lieu de fléchir la
tête, tu l’as redressée …). Je sens que ça pousse mais je suis fatiguée. Je
n’en peux plus. Mon moral flanche. Je subis les poussées. Je n’arrive pas à
pousser. Je commence à avoir peur. Peur ne pas savoir te faire sortir. Philippe
m’encourage de toute son âme, de tout son cœur. Mais je n’en peux plus.
2h30 : Je dis à Marie-Christine que je suis
fatiguée et que j’ai besoin d’aide. Elle propose de se mettre en route pour
Sainte Elisabeth : elle surveille depuis un moment déjà ton cœur avec le
monitoring. Ton rythme cardiaque flanche à chaque contraction … A cela vient
s’ajouter ma fatigue et le fait que le travail stagne depuis 1h30. Autant
d’éléments qui la poussent à jouer la sécurité.
Philippe rassemble à nouveau nos affaires pendant
que Marie-Christine prévient le bloc d’accouchement. Catherine est restée près
de moi et m’aide à me rhabiller. Je suis soulagée de savoir que l’aide va
arriver. Je demande si on va me faire une césarienne tellement je suis loin
dans la fatigue. « Ce ne sera pas nécessaire » me dit
Marie-Christine.
2h50 : Je m’installe sur la table
d’accouchement. Je suis consciente sans l’être. Je subis les vagues de douleur.
L’accoucheuse m’examine et c’est la surprise … Tu t’es engagé ! Une
contraction arrive et on voit ta tête ! Je comprends sans comprendre.
L’accoucheuse met un miroir entre mes jambes et me propose de regarder mon fils
qui arrive « Regardez, c’est un petit blond ». J’ouvre les yeux, je te vois, je comprends. Je
referme les yeux. Philippe est à ma droite, Marie-Christine à gauche. Je suis
bien entourée.
Tout à coup la fatigue s’envole. Je ne pense plus.
Je pousse. Cette fois, je sens vraiment que je pousse. C’est finalement dans
cette position que je le sens le mieux …
L’assistante en gynécologie est arrivée, suivie par le gyné de garde.
Encore une contraction et je te sens passer dans mon vagin. Ta tête est sortie.
« Doucement madame, on dégage son bras » (tu as un bras croisé sur
l’épaule). Encore une contraction et te voilà. J’ouvre les yeux, tu sors de moi.
L’assistante te dépose sur mon ventre. Il
est 3h23 …
C’est un instant incroyable, magique. Les vagues de
douleur se sont tues, laissant la place à un rivage paisible. Je te regarde,
toi mon fils. Déjà tu cherches mon sein et relève la tête. Bienvenue sur terre
Hugo.
Le projet de te donner naissance à l’Arche de Noé
était présent depuis le début de la grossesse. A première vue, je n’ai pas eu
l’accouchement voulu ou espéré. A deuxième vue, j’ai eu l’accouchement qui
était juste pour moi, pour nous. Le travail à l’Arche fut à l’image du suivi
prénatal : empreint de douceur, d’écoute et de compétences. L’accueil à
Sainte Elisabeth fut au-delà de toutes mes espérances. L’équipe présente a
respecté notre projet : Hugo est resté longtemps sur moi, encore relié par
son cordon que son papa a coupé, nous avons pu reprendre le placenta, nous
sommes rentrés chez nous le lendemain de l’accouchement. Aucun regret n’habite
mon cœur par rapport au déroulement de ta naissance. J’ai le sentiment d’avoir
été là où je devais aller.
Quelques remerciements pour terminer …
Merci du fond du cœur à Marie-Christine pour son
accompagnement dans cette nuit hors du commun, et à Bénédicte et Evelyne qui
nous ont accompagnés pendant 9 mois. Merci également à l’équipe de Sainte Elisabeth
pour son accueil et son respect.
Et enfin, le merci qui éveille le plus d’émotions
en moi, qui vient du plus profond de mon âme de femme et de maman : Merci
à toi Philippe. Merci pour ton soutien inconditionnel depuis le début de la
grossesse. Au cours de l’accouchement et depuis la naissance (Hugo a maintenant
2 semaines), tu as pris ta place de père au-delà de tout ce que j’avais pu
imaginer ou espérer. Merci d’être toi.
Avec tout mon amour,
Sabrina