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Thibault va avoir un mois fin de la semaine, il est grand temps de m’y mettre. Si je veux raconter son histoire, c’est maintenant que je dois le faire quand l’émotion est encore là, quand la douleur ne s’est pas encore tue et que les images vivent encore en moi.

Hier il aurait du avoir trente huit semaines mais  il fait son petit bonhomme de chemin à mes côtés depuis 24 jours déjà … Thibault est né le 13 février 2010.

L’histoire de la naissance de mon garçon est une histoire de cœur. Petit clin d’œil du destin qui le fit naitre la vielle de la saint valentin ?

Depuis le début, le tout premier commencement, j’entendais Thibault murmurer à mon cœur par l’intérieure de moi. D’abord pour me faire savoir qu’il était là, lové en mon sein, bien au chaud, et qu’en secret il grandissait en moi depuis plusieurs semaines.

Par la suite, il me disait que tout allait bien pour lui. Il apaisait ainsi mes craintes et mes angoisses.
Je ne le sentais pas encore bouger, et ses chuchotements m’étaient précieux. Nos âmes savaient se parler avant que nos corps ne se rencontrent. Je ne pensais pas qu’une telle connexion entre deux personnes puisse exister.

Et puis un jour est venu le moment où Thibault avait assez de force pour me faire sentir physiquement sa présence. Durant de longs moments, nous avons joué ensembles « toc toc tu es là ? » il répondait toujours. Tandis que je sentais sa force secouer mon ventre, j’imaginais ici un coup de pieds, là une caresse de sa main.

Et puis une nuit, un jour … rien. Pas de réponse de Thibault. Je n’ai plus entendu sa voix me rassurer. Il n’a pas répondu à mes appels. Mon ventre était si lourd, si bas, la vie semblait l’avoir quitté.  Sous les conseils de Bénédicte, nous nous sommes rendus à l’hôpital pour s’assurer que tout allait bien pour notre petit homme ( Thibault avait 32 semaines).

Arrivée sur place, je passe une série d’examens. Thibault bougeait à nouveau, tranquillement, calmement, juste pour me rassurer mais j’avais compris son message «  maman il est temps que tu te repose ».  La série de tests que j’avais subit en entrant à l’hôpital révèlent une probable souffrance fœtale. Je dis « probable » car le reste des examens démontrent que tout va bien pour mon bébé et moi-même. Mais je suis tout de même gardée en observation. Le cœur de Thibault est lent et peu oscillant et cela inquiète beaucoup de monde, personne ne comprends.

Sébastien et moi savons que tout va bien pour notre bébé mais nous nous plions aux exigences des médecins car «  on ne sait jamais ».  Pendant mon séjour à l’hosto, l’inconnu, l’incertitude, l’impuissance, l’isolement, … me font perdre pied. Je pleurs beaucoup, je tente de rester forte pour Thibault, pour Lea, pour Seb et tous les autres mais vivre sans savoir de quoi demain sera fait, sans savoir si mon garçon va vivre ou mourir, sans savoir si il est bonne santé, c’est dur, très dur.
J’ai le sentiment d’abandonner les miens, d’avoir échoué dans mon rôle de maman, de futur maman, de femme.

J’avais commencé à tricoter une couverture pour accueillir Thibault le jour de sa naissance. Ce bout de laine fut très vite la seule chose qui me raccrochait à lui, à sa venue qui devait être heureuse. Je tricotais alors avec frénésie pour me rassurer, pour lui faire savoir que j’avais confiance et que lorsque nous nous rencontrerions il y aurait beaucoup d’amour, beaucoup de bonheur et que nous deux, nous étions capables d’y arriver. Chaque maille tricotée me rapprochait de lui, les jours passaient, et nous allions toujours bien lui et moi. Nous menions la bataille de front, côte à côte, presque sans faiblir. J’avais comme l’impression que nous nous nourrissions de la force de l’autre.
Les visites des amis, de la famille, les coups de téléphone de chacun, nous aidaient à tenir le coup, ils nous apportaient un peu de l’extérieur, de vie, un peu d’autre chose qui nous faisait défaut entre les quatre murs de la chambre d’hôpital. Malgré cela, je nous sentais peu à peu dépérir. Moi qui aime bouger, partager, vivre un tas de rencontres… je me sentais prisonnière de ma chambre et je voulais autre chose pour mon garçon, je voulais que la vie rentre dans sa bulle pour qu’il sache pourquoi il fallait se battre.  Moi aussi j’avais besoin de la savoir, de me souvenir qu’avant l’hôpital, il y avait autre chose et qu’après il y aura une histoire bien plus heureuse que ce que nous vivions à présent.

J’ai demandé aux docteurs à pouvoir rentrer chez moi, je promettais de revenir en journée faire tous les examens nécessaires mais il fallait que je puisse retourner auprès des miens, m’occuper d’eux et de moi.

Je pu rentrer à la maison. Enfin chez moi, chez nous, mais mon absence avait déjà laissé des traces.
Il fallait que chacun retrouve sa place. Seb avait du, bien malgré lui, jouer deux rôles celui du père et de la mère. Et pour Lea, il avait été primordiale de ne plus s’accrocher qu’à lui. Mon retour n’allait pas changer grand-chose. Lorsqu’elle faisait un cauchemar, ce n’était plus moi qu’elle appelait, je n’étais plus non plus la « distribtrice » de bisous magiques ... des petits détails, certes, mais ce sont eux qui me confortaient dans mon statut de maman. Et au retour de l’hôpital, j’avais bien du mal à savoir qui j’étais et ou étais ma place. Seb, quant à lui, sans le vouloir, me faisait payer mon absence, avec des petites phrases assassines «  j’ai bien du faire sans toi pendant 10 jours », ou bien sans s’en rendre compte contredisait mes consignes faites à Lea. Mais c’était peu cher payer pour être à nouveau au prés d’eux. Aujourd’hui les choses reprennent doucement leur place, chacun son rôle mais le chemin semble bien long pour que ce soit comme avant.

Pendant deux semaines j’ai fait des vas et viens jusqu’à l’hôpital pour respecter mes engagements de suivit. Tout allait bien, enfin le mieux que l’on puisse espérer. Thibault continuait de grandir, je le sentais bouger, mais son cœur restait invariablement calme, comme si il dormait.

Me voila à 34 semaines et 4 jours. Nous sommes vendredi 12 février et ce matin je ne me sens pas très bien. Hier nous avons soupé chez des amis et avons passé une très bonne soirée mais peut être ai-je du mal à digérer l’excellent repas qui nous a été servit (j’ai mangé comme 4 ce qui n’est pas dans mon habitude). Je ne vais pas bien … je suis nauséeuse, fatiguée, lourde, j’ai quelques crampes intestinales. J’ai juste envie de rester couchée et de me reposer mais j’ai rendez vous avec mon gyné. Je prends mon courage à deux mains et me voila partie. Au passage, je prends mon sac d’accouchement car les 37 semaines se rapproche et je veux que mon sac soit avec moi au cas où.

Pendant mon monitoring de control, je sens Thibault au plus profond de moi, je m’endors comme d’habitude au son de son cœur qui pour moi a une bien douce mélodie. Ce son me calme, m’apaise et me rapproche de lui. Mais j’entends sa petite voix, ce n’est pas claire, il me parle doucement à l’intérieure de moi et j’ai comme le pressentiment de m’être mise en travail. Pourtant le monitoring est pareil aux autres jours : calme, rien à l’horizon même pas une seule contraction. Mon petit gars bouge peu. Je suis un peu inquiète ou plutôt angoissée car j’ai dans le cœur cette impression : Thibault va naitre tout prochainement et je ne me sens pas encore prête.  « D’ici une heure, je ferais le point avec mon gyné, je verrais Thibault à l’écran et je repartirai sereine », c’est ce que je me dis dans la salle d’attente. Mais les heures défilent et je ne suis toujours pas reçue, ce n’est pas normal car mon gyné n’a jamais de retard. Que se passe-t-il ? Je m’informe et j’apprends que je serais reçue par quelqu’un d’autre car mon gynécologue est en salle d’opération. Je suis au plus mal car la personne qui va me recevoir est  mon premier gyné. Je n’avais pas été satisfaite de mon suivit, de notre relation patient-docteur et l’avait quitté. Elle avait mise au monde ma fille par césarienne dans d’étranges circonstances  sans me donner d’explication.

Face à ce contre temps, le monde s’est effondré autour de moi, je devais a nouveau lui faire face. Ayant pris mon sac d’accouchement le matin, je ne cessais de me dire que j’allais encore accoucher avec elle, enfin « être opérée », obligée d’une césarienne… j’ai pleuré un moment avant de me ressaisir et de me dire «  enfin Caro, elle va juste te faire une écho et tu repars ».

Me voila en face d’elle, je regarde Thibault à l’écran. Fidèle au poste, il gigote, ne se laisse pas faire. Apres un moment, la gyné me dit que tout va bien hors mis le monito mais qu’on va quand même envisager une césarienne.

NON. Je proteste calmement et explique ce qui était convenu avec mon gyné : une pelvimétrie (scanner pour calculer l’espace de mes hanches), un Octest à 35 ou 36 semaines ( provoquer des contractions pour savoir si le cœur du bébé résiste au travail) et laisser faire la nature à partir de la 37 semaine. Elle téléphone à mon docteur, qui se trouve toujours en salle d’opération, et lui dit qu’elle va programmer l’octest pour le lundi. Elle raccroche et dans la minute me dit «  ah ben non, on va vous le faire maintenant » J’essaye de protester car je voulais que Seb soit présent, je voulais être reposée, avoir mes affaires dans le cas où cela déclencherait l’accouchement car le risque existe. Je voulais me préparer et préparer Thibault, je voulais aussi être beaucoup plus avancée dans ma grossesse afin que mon garçon aie les meilleures chances.
Mais rien n’y fait, mes paroles n’ont aucun poids, mon discours aucune force devant elle.  A partir de ce moment là, les choses se précipitent, tout va très vite. Je suis emmenée au bloc d’accouchement, et prise en charge par les sages femmes. Je n’ai même pas le temps de prévenir mon mari correctement, je lui envoie un sms qu’il ne recevra jamais. Je téléphone à mon papa et lui demande d’aller chercher Lea à l’école car ma consultation se prolonge.

Les infirmières m’emmènent en salle d’accouchement. Je suis dans la numéro 7, juste en face de la salle de césarienne. Tout revient en moi ; l’histoire de la naissance de Lea revient en moi, elle me frappe en plein cœur et l’émotion me submerge. Je ne peux plus m’arrêter de pleurer. Personne ne peut m’apaiser, je suis seule face à mes peurs, mes angoisses. Je suis là, seule, et si Thibault vient au monde…? Je veux Seb. Je veux partir, j’ai très peur. 

Il leur faut beaucoup de temps pour me préparer au test car j’ai de très mauvaises veines et mon séjour à l’hôpital à laissé des traces. L’anesthésiste est appelé en renfort. Il est visiblement de mauvaise humeur et n’est pas prêt à m’épargner. Il me fait mal, ne s’excuse pas et se montre désagréable. «  je suis relégué au prise de sang » marmonne t’il entre ses dents.

Ce n’est pas du tout ce film là que je me racontais le soir en imaginant la naissance de Thibault. J’avais imaginé faire une grande partie de mon travail à la maison de naissance, entourée de ceux que j’aime, de ceux en qui j’ai confiance, de ceux qui me portent et tirent de moi le meilleur.  Je pensais être accompagnée par Bénédicte, Sébastien, en  sachant ma fille avec mes parents (entre de bonnes mains).  J’avais imaginé être forte, en tout cas un peu plus. Je voulais accueillir mon enfant avec plein d’amour et sereinement. Et là je suis juste effrayée, convaincue que l‘Octest n’est que l’avant  césarienne. Mon bébé me sera enlevé, comme pour Lea et il sera emmené en néonatalogie où je serais incapable d’aller le voir à cause de l’intervention. Décidément cette gyné me volera tout : la naissance, les premiers moments, l’accompagnement que je souhaitais (je ne peux pas accoucher en maison de naissance à cause de ma première césarienne ).

Le test semble bien se dérouler, je surveille le moniteur et voit le cœur de Thibault battre a du 120 comme à son habitude. Pourtant, alors que le test n’est pas encore finit, une sage femme vient m’annoncer la décision de la gyné : hospitalisation. Pourquoi ? J’obtiens pour seule réponse  « elle va passer vous expliquer »

Je ne la reverrais plus. C’est mon gyné qui vient m’annoncer les résultats du test. Il est sortit de la salle d’opération et reprends les choses en main. Mon cœur fait un grand ouf de soulagement. J’apprends alors que tout est bien, que je peux rentrer chez moi. Je peux arrêter tous les médicaments et on me fait comprendre que j’accoucherais dans la semaine.

Entre temps, Seb m’a rejoins et je repars avec lui chez nous. Je suis très fatiguée de ma journée, je suis toute chamboulée et je ne souhaite que deux choses : me reposer et me retrouver seule avec Thibault. J’ai besoin de lui parler. Pendant le test je lui ai dit qu’il pouvait en profiter pour naitre si c’était le plus juste pour lui et je dois reparler de cela avec lui et lui expliquer ce qu’on vient de vivre.

Je m’endors pour quelques heures et lorsque je me réveille, j’ai des contractions toutes les 10 minutes. Elles ne sont pas vraiment douloureuses mais sont différentes.  Jusqu’ici je les sentais dans le haut de mon ventre, elles oppressaient mes poumons et me forçaient à réfléchir pour respirer.
A présent, elles se concentrent dans le bas de mon ventre, et je ne trouve aucune position assez confortable que pour continuer de dormir. Je descends donc regardez un peu la tv, je repasse, termine ma valise. Apres une heure ou deux, je décide de remonter tenter une nouvelle fois de dormir. Je fais un petit passage par les toilettes et constate que je perds du sang. Je préviens Seb et nous réfléchissons à l’organisation. Où mettre Lea ? Je sais mes parents fatigués, nous demandons alors à Pinpin de prendre en charge sa filleule. Il rapplique presque aussi vite. Nous sommes samedi, je prépare à Lea un sac pour tout le we ainsi Seb n’aura pas de soucis à se faire dans le cas où j’accouche vraiment.

Quelques heures plus tard, nous voila au deuxième étage de st Beth, je suis placée sous monitoring et on m’explique que mes pertes de sang sont normales. Elles sont le résultat de l’examen du col de la vielle. Les contractions sont régulières mais pas très fortes. Je suis reçue par le gyné de garde qui me parle de césarienne, se fâche même lorsque j’explique qu’il était prévu un accouchement par voie basse. Mais c’est le seul à me donner ses arguments, pour lui c’est beaucoup trop risqué de faire naître le bébé naturellement. Je lui explique mon dossier, tous les examens pratiqués, m’appuie sur l’histoire de Lea. Il s’en va assez énervé, me laissant encore pour quelques heures sous monitoring. C’est l’infirmière qui vient nous retrouver pour nous laisser rentrer à la maison. Avec comme consigne, de revenir si bébé ne bouge plus ou si le travail se met vraiment en route.

Je rentre mais je me pose vraiment des questions. Il y a quelques heures, on me parlait de césarienne, limite en urgence et là je peux rentrer chez moi. Dans la voiture, les contractions se rapprochent et deviennent plus douloureuses. Une fois à la maison, je tourne en rond. Je décide d’aller prendre un bain car la marrée monte  ;-) mes contractions sont de plus en plus présentes, en force et en rythme. Le bain me fait du bien, je m’apaise et parle avec Thibault. Je sais que je vais accoucher. Je me prépare. Apres le bain, la mer semble calme. Je permets à Seb d’aller promener le chien. Il n’est pas partit de 5 minutes que je suis clouée au fauteuil, incapable de bouger, de pleurer, de crier, je subis la puissance d’une vague déferlante, elle me percute de plein fouet.

« Ah  voilà c’est de ça qu’on parlait dans les ateliers de Béné et d’Evelyne ; avoir mal c’est comme ça ! ».  La douleur passée, il faut a tout prix que je me lève, y’a que comme ça que je vais pouvoir la supporter.   Je ris de moi-même, il y a peine deux jours, je disais à Béné «  la douleur, moi c’est assise que je vais la gérer » Tu parles !

Je reste debout, cinq minutes se sont écoulées et voila une nouvelle vague… plus forte, plus intense, elle parcourt mon corps. Je suis terrassée. Il faut que je trouve le moyen de supporter, je me répète sans cesse «  les cols sont fait pour s’ouvrir, les bébés pour naitre »

Je finis par trouver comment affronter la marée et faire naitre Thibault. Je dois rester debout, me transporter … je pose un coussin sur la table de la salle à manger, je m’appuie dessus. J’enfuis ma tête dedans à chaque contraction. Je répète à haute voix pour que mon corps l’entende, que je m’entende, que je trouve la force, la volonté … «  tu la prends, tu la jette » je parle de la douleur bien sûr. Je prends cette douleur dans mon ventre, je la fais glissée vers mon col pour qu’elle l’ouvre, elle y passe et la laisse tomber le long de mes jambes, je la laisse mourir à terre. Je pleure, je crie dans mon coussin, je regarde l’horloge. Je vois l’aiguille indiquée l’heure de la prochaine vague. Je m’y prépare mais c’est de plus en plus dur, je pense que je n’arriverai jamais à accoucher. Je téléphone à Seb et le somme de revenir.

Lorsqu’il arrive enfin, il me demande ce qu’on fait. « faut retourner à l’hôpital ? » « tu veux que je sonne à Béné ? » Je pleure et dit de ne pas vouloir accoucher, ne pas vouloir retourner à l’hôpital car il faut que je me rhabille, que je grimpe jusqu'à la voiture (nous habitons à 100m de la route , en bas d’une côte à 10%) après il faudra aller en voiture, je ne veux plus m’asseoir et puis à l’hôpital ils vont encore me faire un monito, je n’en veux pas et puis ils vont encore me renvoyer chez moi.

« ben quoi alors ? »  me dit-il presque énervé. « ben on y va ! » Je réalise tout ce que je viens d’énuméré ci plus haut mais avec Seb à mes côtés, les contractions semblent moins fortes et je supporte beaucoup mieux leurs assauts. Mais assise je perds pieds, et le trajet en voiture est vraiment insupportable, à chaque contraction c’est une femme que je ne connais pas qui surgit de moi. Nous arrivons à l’hôpital et Seb reçoit un coup de fil de Béné, il prend le temps de répondre sans préciser que j’accouche ; toute personne qui connait Seb devine qu’il éternise la conversation, je suis sur le point de le tuer  ou de prendre le téléphone mais une nouvelle contraction me fait me tordre de douleur et m’empêche d’agir.

Nous voilà dans l’entrée de l’hôpital. Seb me dit qu’il va prendre les étiquettes pour ne pas revenir après. Il est fou mon homme, il veut vraiment mourir aujourd’hui ? Je m’accroche aux murs, une femme passe et me demande si je vais bien. Je dois vraiment avoir une sale tête, y’a que mon mari pour rien voir.  Au deuxième étage, je suis à nouveau placée sous monito, rien, la sage femme ne voit rien, me palpe le ventre et me dit « vous avez si mal que ça ? c’est surement le bébé qui est mal mis car je ne sens pas votre ventre durcir »

N’importe quoi, je vous dis que j’ai des contractions et que j’ai mal. Je suis laissée là. Une autre infirmière vient me voir après une heure. Elle m’examine ce qui n’avait pas été fait depuis le matin. Je suis a deux cm, ben oui j’accouche c’est ce que je me tue à leur dire. Le gyné de garde est prévenu de la situation mais je suis laissée sous monito, ben oui faut être sur que j’accouche bien, ma parole ne suffit pas. Une heure s’écoule encore, on me réexamine, je suis à trois cm d’ouverture. Ca y est, ils sont décidés à me mettre en salle d’accouchement et à me laisser faire naitre mon enfant. 

Une fois en salle d’accouchement, je suis à nouveau remise sous monito. Je comprends l’importance de l’examen car le cœur de Thibault inquiète tout le monde. Mais je n’en peu plus. Le gyné vient me voir et me demande comment je vais. « Je veux être debout, j’ai très mal dans cette position mais les infirmières ne veulent pas que je me lève ». J’ai son autorisation pour quitter le lit, avec pour indication de ne pas arracher les fils. Une fois debout je cherche un appui pour faire comme à la maison, laissé glisser la douleur. Mais je ne trouve rien, rien n’est prévu pour accoucher ici ou quoi ? Je suis à bout de force, je réclame la péridurale car je ne sais pas combien de temps il va falloir que je tienne comme ça. Seb lui s’obstine à remettre mes capteurs en place car plus rien ne fonctionne depuis que je me suis levée. Je lui crie dessus «  si personne ne s’en inquiète, laisse tomber ça et appel l’infirmière, je veux la péridurale » il se rassoie ! ????
 « Appuie sur le bouton, je veux la péridurale » lui dis-je.  «  quoi maintenant ? »  me demande t’il « Non, demain mon chéri quand tout sera fini ».

L’infirmière revient mais a pour consigne de percer la poche des eaux avant de mettre une péridurale en route. Je proteste, j’ai bien trop mal, je ne vais pas tenir le coup si elle perce la poche. Assise pour mettre la péridurale, je risque de bouger, j’ose à peine imaginer les conséquences si cela arrive. Mais face à la douleur qui se fait présente, je me recouche pour qu’elle puisse faire son travail. En me disant ce n’est que pour quelques instants. Lorsqu’elle m’examine, je suis à cinq cm et là c’est elle qui refuse de me percer la poche et appelle l’anesthésiste.

Je respire, on s’occupe de moi. Je vais pouvoir rejoindre Thibault dans sa bulle. La péridurale est placé, et on me félicite d’avoir tenu le coup comme ça. A présent, la douleur s’est tue. Je sens les contractions mais je n’ai plus mal. Je peux rester couchée pour le capteur, pour qu’on puisse s’assurer que Thibault va bien. La lumière est tamisée, Seb a mis le cd de Fabienne Marsaudon, je suis tranquille. Je parle à Thibault, je suis sur un nuage. J’ai mon petit à faire naitre. Tout va vite, je suis bien entourée. Les sages femmes m’expliquent que c’est déjà le moment de pousser. On me prépare, on m’apprend ce que je devrais faire pour faire naitre Thibault. L’équipe est fort présente. Le pédiatre est appelé, et c’est là que je me souviens que Thibault n’a que 34 semaines et qu’il va devoir aller en néonat. Mais pour l’heure, je dois faire naitre mon garçon. Le gyné et les sages femmes rigolent entre eux, avec moi aussi. L’équipe médicale me laisse maître à bord. Je pousse chaque fois que je sens la contraction, c’est moi qui mets au monde Thibault ! Dans cet instant, je suis plus que jamais sa maman. C’était si différent avec la césarienne de Lea. Et puis on me ramène à la réalité, « madame prenez le » prendre qui ? je vois la tête de Thibault, dans mon effort à pousser je n’ai pas senti, je n’ai pas perçu que la tête de mon garçon sortait de mon corps.

C’est maintenant que nous nous séparons.

 Je l’attrape entre mes mains et le pose sur mon ventre. Je le contemple, il est beau, il est si beau. La menace de trisomie est loin derrière. Mon petit garçon est sur moi, je suis sa mère !

Je respire ce petit être tout fragile, je lui fais des bisous, je le félicite. Il est si beau !
Puis, il est vite emmené en néonat., une autre histoire commence alors …

Je voulais offrir mon témoignage aux futurs mamans de l’arche de Noé d’abord parce que c’est une façon pour moi de remercier la nature de m’avoir permis de donner la vie par deux fois. Ensuite pour que les mamans et les papas sachent qu’il y a autant de projets de naissance qu’il n’y a de naissances, chaque histoire est unique. Et même si il faut parfois se battre pour défendre son projet, ça en vaut la peine. Qu’il soit ou non entendu par les professionnels, on en ressort grandit. Le projet de naissance évolue avec le temps, pour vivre un tel moment, il m’aura fallut plus de trois ans de réflexions. C’est entourée par les sages femmes et les mamans de la maison de naissance, que j’ai murit mon projet et vécu cette histoire de naissance.

De même, c’est l’occasion pour moi de mettre en avant tout le travail des sages femmes de l’arche et de les remercier de nous avoir permis à Seb et moi de faire notre place dans leur maison. Depuis quelques années, elles nous accompagnent sur le chemin. A leur côté, nous réfléchissons notre rôle de parent depuis le commencement, et même bien avant la naissance et la conception de nos enfants.

Merci Béné de m’avoir offert un merveilleux cadeau : la confiance ! Depuis quelques années, elle me faisait défaut – résultat d’une rencontre malheureuse qui n’avait fait que détruire ce que d’autres m’avaient aidé à construire. Car la confiance en soi, c’est dans notre enfance qu’elle prend naissance. Père et mère, si fière de nous, nous remplissent d’estime, de confiance, d’envie de projets. Dés lors, comment mettre au monde un enfant et l’élever si nous ne sommes pas capable d’être confiant en nous même, en l’autre aussi. Lors de nos séances d’haptonomie, tu m’as appris à m’écouter, à écouter mon corps, mes émotions et à faire confiance à mes ressentis. C’est grâce à toi si j’ai pu protéger Thibault et le garder en moi 34 semaines et 5 jours. Merci à toi pour tout ce que tu m’as donné sans compter : énergie, écoute, douceur, chaleur, patience, amitié.

Merci Evelyne d’avoir toujours soutenus notre famille. Je te sentais proche et discrète comme la matriarche d’un clan. Avec un œil bien veillant et la main prête à agir au besoin. Nos rencontres m’ont permis d’apprivoiser la vague, de la laisser venir dés le début du travail et de la laisser faire son œuvre pour que Thibault puisse naitre.

Merci Marie-Christine, grâce à ton atelier sur les positions qui facilitent la naissance, j’ai compris ce qui se passait en moi à chaque instant.

Merci Docteur, je sais que vous aussi avez menez le combat pour me permettre d’accoucher comme je le souhaitais malgré les risques. Merci de nous avoir accompagné, écouté, rassuré, et d’avoir été honnête avec nous.

Merci à tous les autres aussi : a papa et maman d’avoir été là pour ma fille, à mon frère, à ma belle famille, aux amis, aux mamans papotent et aux secondes sages femmes de l’arche …

Merci

Caroline , maman de Lea 3 ans et de Thibault 9 semaines ( lorsque je termine de rédiger ce témoignage)