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La
« naissance heureuse »[1] de Titou, à l’Arche de Noé
Cette naissance est
l’aboutissement d’une préparation, qui a commencé avant même la conception de Titou, quand je suis devenue mère pour la première fois.
J’ai tout de suite recherché comment accompagner mon enfant de la manière la
plus respectueuse possible, dans la vie, que ce soit par l’écoute,
l’allaitement long ou le cododo.
Titou a bénéficié de ce lent
cheminement qui m’a permis, avec l’aide des sages-femmes de l’Arche de Noé, de
lui offrir le plus doux des départs dans la vie !
Nuit de
dimanche 07 à lundi 08 Octobre 2007:
J’ai pas
mal de contractions, non-douloureuses et pas très
régulières. Je sens que la fin approche, je suis presque à 40 semaines de grossesse et je suis partagée entre deux sentiments :
je suis contente d’avoir mené mon bibou jusque là
parce que pour Simon, la poche s’était fissurée à 38 semaines et j’avais été
provoquée, à l’hôpital. D’autre part, je suis assez impatiente de voir la
frimousse de mon Titou et je me sens lourde, à la
limite impotente ;-)
Je ne
dors pas beaucoup cette nuit-là. Je me sens à la fois très fatiguée mais
également capable de parcourir un marathon, ça me rassure : je sens que
j’aurai l’énergie nécessaire quand le moment sera venu.
Entre
deux contractions, je réfléchis à tout ce que j’ai prévu pour le jour J., les
huiles essentielles, l’homéopathie, les vêtements, etc. Ça fait un mois que je
bois consciencieusement ma tisane de framboisier et que je prends mes granules.
Depuis cette semaine, j’ai rajouté des clous de girofles, de la cannelle et du
gingembre, aux feuilles de framboisier et je sens que ça travaille bien du côté
de mon col.
Matin du
08 Octobre.
J’accompagne
Loulou à l’école, les contractions sont toujours discrètes mais présentes. Je
rentre, je prends un bain. Les contractions continuent. J’en parle au Papa, on
se dit que le moment de la rencontre se rapproche, sans se douter qu’il l’est
bien plus qu’on ne le pense !
On
récupère Loulou à midi. L’après-midi continue calmement. Je reprends un bain.
Les contractions se maintiennent. Une douleur qui vient dans les reins, le
ventre qui durcit, je sens que ça tire sur mon col. Je suis contente parce que
la douleur est moindre et je me dis que c’est toujours ça de pris pour le
« jour J. »
17h30. Je me dis que je vais quand même passer un
coup de fil à Evelyne, pour lui dire que ça contracte depuis un moment et voir
ce qu’elle en pense. En effet, comme j’ai été provoquée pour le premier, je ne
sais pas à quoi ressemble un travail spontané. Elle m’invite à venir jusqu’à la
maison de naissance pour qu’elle m’examine.
Mamy
vient à la maison pou rester avec Loulou. Je soigne les chevaux et on part pour
Namur.
J’ai
cinq contractions sur le trajet, qui dure une vingtaine de minutes. La dernière
me prend sur le parking. Je ne sais plus les ignorer, la douleur s’est
intensifiée, je dois bien souffler, penchée en avant car elles viennent
toujours par les reins.
Evelyne
nous accueille. Verdict : col ouvert à 4 bons cm, elle nous garde ! Ça
me semble un peu irréel, j’ai du mal à réaliser que je suis « en
travail » et surtout que je gère la douleur si facilement.
19h 30,
nous prenons nos quartiers dans la chambre de naissance. Je gère les
contractions à 4 pattes, penchée sur le ballon. On met un cd de musique relaxante :
le bruit des vagues de l’océan. Je trouve ce son en parfait accord avec mes
propres vagues.
Je suis
impatiente d’aller dans le bain. J’ai amené mon tapis à bulles, l’huile
relaxante à la lavande et de l’huile essentielle de Palmarosa,
pour me relaxer et avoir des contractions efficaces. Je me sens comme une reine,
dans mon jacuzzi, enivrée par l’odeur de la lavande. Evelyne allume des petites
bougies qu’elle dispose un peu partout. L’ambiance est parfaite : lumière
tamisée, musique zen, parfum de plante.
Je suis
dans un état second. Je commence à comprendre toute la signification de la
« bulle » dans laquelle rentre la mère en train d’accoucher. Une fée
me rend visite un bref instant : Isabelle Brabant en personne ! Quel
meilleur gage d’une naissance heureuse à venir puis-je avoir ?!
Après ¾
d’heure, E. m’examine dans le bain : 6 bons cm. Dans ma tête, je suis déjà
à 7. Je recherche les contractions, que je continue à prendre comme des vagues,
que j’escalade en soufflant longuement. La douleur s’estompe quand je termine
de me vider de mon air.
Après le
bain, j’alterne les positions : à 4 pattes avec le ballon, sur le ballon,
en appui sur mes bras, penchée sur l’appui de fenêtre. Le col évolue bien mais Titou n’a pas l’air de vouloir descendre. Selon la courbe
de durée pour l’accouchement « normal » d’un deuxième bébé, il est
censé arriver vers minuit…
Il est
toujours en postérieur, le dos collé à celui de sa môman,
du côté droit. Il doit donc parcourir un chemin plus long et se tourner avant de
s’engager dans mon bassin. Evelyne me place dans une position spécifique,
couchée sur le lit, pour « obliger » Titou
à se placer comme il faut pour plonger dans le bassin. Je reste plus ou moins une
heure dans cette position, jusqu’au moment où je ressens l’envie de pousser. La
poche des eaux avance dans mon vagin. Les contractions sont suivies de cette envie
de pousser irrépressible. Evelyne me l’avait décrite comme une envie de vomir à
l’envers et c’est tout à fait ça. Je ne l’avais pas ressentie pour la naissance
de Loulou à cause de la péridurale.
C’est une sensation incroyable : sentir
son corps travailler de cette manière, comme un chef d’orchestre, commandant
les contractions et la poussée. Titou n’est pas
pressé de descendre. Evelyne me dit « celui-là, c’est un qui ne faudra pas
brusquer, il a envie de prendre son temps ».
J’essaie de ne pas céder au désespoir qui
m’assaille à plusieurs reprises. Je pensais que tout irait vite vu la rapidité
avec laquelle le col a évolué et je m’attendais à ce qu’elle me dise qu’on
voyait ses cheveux alors qu’il était encore tout en haut, idem quand j’ai eu
envie de pousser. Je me recentre rapidement, je repousse la fatigue au loin. Il
faut que j’aide mon bébé à continuer sa route.
Le Papa
est présent depuis le début, discrètement. Il est « à mon service »
(après tout, Evelyne avait dit que pendant l’accouchement, je serais traité
comme une reine ;-) !) : il me masse avec de l’huile, me donne à
boire, remet le cd de musique, l’intendance est parfaite !!!
Je
change de position. Avec la poussée, j’étouffe, j’ai envie d’air frais. Je me
place à la fenêtre ouverte. L’air de la nuit me revigore, le jardin est calme
et silencieux. Je pousse debout mais j’ai l’impression que ce n’est pas du tout
efficace, à 4 pattes non plus. Je m’assieds sur la chaise d’accouchement.
J’arrive à mettre plus de force dans ma poussée, en m’arc-boutant sur mes bras et sur mes jambes. Je me fatigue
beaucoup. J’ai l’impression que je ne vais pas tenir le coup. Evelyne me dit de
pousser encore plus fort, de chercher « là où ça fait mal » parce
qu’à chaque fois, Titou descend et puis remonte. Je
passe par divers sentiments, de détermination, de découragement puis enfin de
colère. À chaque poussée, j’ai l’impression de mettre « tout ce qui me
reste » et pourtant à la contraction suivante, j’arrive à pousser encore
plus fort. Je pousse pendant une heure et le plus dur arrive.
La poche
des eaux finit par se rompre. Je ressens un bref soulagement, comme une baisse
de pression mais les contractions deviennent plus douloureuses. Je suis épuisée
et je me prépare à franchir l’ultime obstacle.
Mon
périnée est en feu, j’ai l’impression qu’on me verse de l’acide dessus. Un bref
instant, je manque de tomber dans les pommes, submergée par cette douleur. Il
faut que je me décide à pousser au-delà de ce que je crois possible, parce que
je ne vais pas tenir longtemps avec cette douleur. Je broie les mains de mon
homme, je me pousse au fond de la
chaise, je ferme les yeux et enfin, après quelques essais, je sens la tête de Titou qui passe, puis son corps. Il est 4h44 du matin.
Il sort
le visage vers le haut, il ne s’est donc pas retourné malgré la petite
gymnastique que je nous ai imposée pendant le travail. Il râle, il s’étrangle
un peu, il recrache du liquide avec un peu de sang. Le pauvre, il a bu la tasse
avec tous ces va-et-vient ! Avec l’aide d’Evelyne et Thérèse, je me couche
sur le lit et je le pose sur mon sein. Il rouspète pendant plusieurs minutes,
comme s’il nous racontait son voyage, long et chaotique. Il ne pleure pas, on
dirait vraiment qu’il s’exprime.
Ensuite,
il s’apaise et semble comprendre qu’il y a quelque chose qui l’attend… Après
quelques essais, il commence à téter, d’abord tout doucement, puis avec force.
Quand le
cordon a fini de battre, je le coupe avec le Papa. Une demi-heure après la
sortie de Titou, j’expulse le placenta en deux ou
trois contractions. Mon utérus est vide. Une aventure se termine et une autre
commence !
Evelyne
décide de ne pas me recoudre, mon périnée s’est un peu déchiré, en suivant la
cicatrice de mon ancienne épisiotomie.
On
attend (longtemps !) que Titou ait fini sa
première tétée. Ensuite, Thérèse l’habille sur mon ventre et Evelyne me
débarbouille un peu. Mon homme part chercher Loulou à la maison.
Evelyne
et Thérèse se retirent, prendre un repos bien mérité. Bénédicte, qui assure la
consultation arrivera dans une heure. Elle a déjà un rendez-vous de moins
ce matin, vu que je devais la voir en
consultation prénatale à dix heures.
Je suis seule avec mon Titou
dans la maison de naissance. Tout est paisible. Je savoure ce moment.
Loulou
arrive enfin avec son Papa, il entre émerveillé dans la chambre. Il a grandi en
une nuit. J’ai laissé mon petit garçon hier soir, je retrouve un grand frère,
déjà tout emprunt de douceur et de tendresse envers son petit frère.
Bénédicte
passe nous demander ce que nous voulons pour le déjeuner et part au marché,
nous chercher de quoi nous concocter un bon dîner ravigotant. Le service est
vraiment cinq étoiles !
Et
voilà, notre vie à 4 a commencé, sous la bienveillance des fées de la
naissance !
Merci de
nous avoir permis de vivre un tel moment !
Titou en images…