40 semaines, c’est long … mais bien nécessaire pour se préparer à la plus belle aventure que la vie nous ait donnée de réaliser. Durant toute cette traversée, nous avons du affronter monts et marées sans perdre de vue ce pourquoi nous étions là et la façon dont nous envisagions l’avenir. Nous avons du nous accrocher fermement à nos valeurs, nos croyances et sans cesse raviver la flamme de l’espoir. Notre confiance en nous-mêmes a été mise à rude épreuve. Notre volonté et notre « acharnement » ont été nos meilleurs alliés dans les moments les plus difficiles. Chaque visite en milieu hospitalier nous forçait « psychologiquement » à un retour à la case « départ ».  Tout était à ré-envisager. Les questions fusaient. Etait-il bien raisonnable de mettre au monde notre enfant à la maison de naissance ? Ne valait il pas mieux être suivie en milieu hospitalier étant donné le poids du bébé annoncé par le gynécologue ? Pouvions-nous vraiment mettre notre confiance en ce gynécologue qui nous alarmait à chaque visite et de chez qui j’étais sortie trois fois en pleurant ? Devions-nous suivre ses conseils et donc envisager un accouchement programmé à 38 semaines, des monitorings et des échographies toutes les semaines à partir de 35 semaines ? Comment faire confiance à une machine ? A aucun moment il n’a pris ma hauteur utérine ni mon périmètre ombilical. A aucun moment il n’a palpé mon ventre … Par manque d’objectivité de sa part, par manque de tact, et parce que nous n’avions plus confiance en lui, nous avons changé de gynécologue à 39 semaines. Les sages-femmes de la maison de naissance nous ont permis de mener à bien notre projet de naissance, simplement avec des mots, de l’écoute, beaucoup de patiente… Elles nous ont montré le chemin qui nous permettait d’accéder à ce en quoi nous croyions. 

Et puis, il y a eu cette rencontre avec un gynécologue hors du commun.  Un gynécologue axé non pas sur la médicalisation de la grossesse et de l’accouchement mais sur la confiance mise dans les mamans à mettre leur bébé au monde naturellement et mise également dans la capacité des bébés à venir au monde sans aide ni médicalisation … « Les femmes sont faites pour accoucher, les bébés sont faits pour naître… »  tout ceci, bien sur, pour autant que maman et bébé soient en pleine forme et que la grossesse se déroule normalement. Cette rencontre inattendue et tellement espérée m’a permis de retrouver entièrement confiance en moi. Bien que le papa n’y ait pas participé, il s’est senti également plus rassuré par les propos que je lui ramenais. Les sages femmes y avaient également beaucoup travaillé. Après m’être entretenue avec ce gynécologue pendant une bonne heure, un autre projet de naissance (que nous avions abandonné dés l’annonce du poids du bébé à terme) resurgit dans mon esprit. Après avoir mis au monde notre fille aînée en milieu hospitalier et notre deuxième fille à la maison de naissance, j’avais besoin d’autre chose pour l’arrivée de notre fils. Plus j’en parlais avec les sages femmes et ce gynécologue, plus cela me paraissait évident. Notre enfant allait naître dans le calme et la chaleur de notre petit nid douillet, je le savais, je le voulais, j’étais enfin prête après 39 semaines … La lassitude que j’éprouvais les dernières semaines envers les visites rapprochées chez les gynécologues et même envers les allées et venues à la maison de naissance (150 km aller-retour) n’a fait que me conforter dans mon idée de ne plus bouger le moment venu ! J’étais épuisée physiquement et psychologiquement. C’était chez moi que je me sentais le plus en sécurité … bien que j’ai gardé un formidable souvenir de mon accouchement à la maison de naissance.

Ce projet a terminé de murir très rapidement dans ma tête. 

Mardi 28/09, je rencontre Bénédicte pour une dernière visite à la maison de naissance (je ne le sais pas encore). Elle m’accueille, comme à son habitude, très chaleureusement.  Cette visite m’interpelle pour deux détails. Premièrement, j’ai complètement oublié de régler le montant demandé à 37 semaines pour l’accouchement en maison de naissance. Est-ce qu’inconsciemment mon choix était déjà fait depuis longtemps ? Deuxièmement Bénédicte me dit qu’elle sera le week-end suivant en  «week-end» pas très loin de chez moi et qu’au cas où elle pourrait être là rapidement. Elle me dit avant de partir : « Tu verras, ce sera pour ce week-end, il va attendre sagement le retour de son papa » (Mon mari n’étant à la maison que le week-end).

Habitant à 75 km de Namur, étant seule la semaine et n’ayant personne qui puisse me conduire rapidement à la maison de naissance en cas de début de travail, nous avons pris la décision avec Bénédicte de demander à Thérèse de me rendre visite à domicile afin de faire plus ample connaissance et d’envisager l’accouchement à la maison.

Vendredi 1er octobre, Thérèse me rend donc visite à la maison. Nous papotons ensemble de la façon dont j’envisage la venue au monde de mon enfant. Je lui fais visiter la maison et je lui explique que je veux « faire » mon travail dans l’eau et y accoucher également.  Elle n’émet aucune objection. Je lui explique que mon mari rentre le soir même et que le terme arrivant à grands pas, j’ai peur que mon travail ne commence en pleine semaine et qu’il ne soit pas là. Je lui demande donc s’il y a moyen (et si elle estime que mon col est favorable) de détacher les membranes fixées à mon col lors de l’examen afin que notre petit loulou montre le bout de son nez ce week-end là.

Miracle ! Ca fonctionne ! Dés le départ de Thérèse, des contractions différentes se font sentir. Elles sont douloureuses ! Mais encore très irrégulières.  La nuit qui suit est longue. Impossible de fermer l’œil. Les contractions sont toujours présentes, toujours aussi irrégulières. Je commence à m’impatienter. Je fini pas m’endormir en fin de nuit.

Samedi 2/10, la journée se passe comme à son habitude, nous restons à la maison, nous ne faisons rien de particulier. Vers 15h,  je perds le bouchon muqueux. Je sais que c’est un signe annonciateur d’un travail imminent mais je n’y prête guère attention. J’en informe tout de même mon mari, qui lui, s’emballe et s’imagine déjà papa le soir même … je n’y crois pas un instant. Je persiste à croire qu’il ne naîtra pas ce week-end mais la semaine prochaine, en pleine nuit et en peu de temps (comme ma deuxième fille)… le scénario catastrophe ! Mon mari prévient sa maman, je fais de même de mon côté. Le reste de la journée se passe sans grand changement, mes contractions sont toujours douloureuses mais encore très irrégulières. Je discute avec mon mari de la visite de Thérèse la veille. Nous n’avons encore jamais vraiment abordé le sujet de l’accouchement à domicile. Je lui explique donc que Thérèse est venue « repérer » les lieux au cas où le travail a lieu en pleine semaine lorsqu’il est absent. Il est hors de question que je prenne la voiture avec les filles en ayant des contractions. Il est bien d’accord.

Vers 20h, je mets les filles au lit. Ensuite, nous regardons un film à la télévision. C’est au milieu du film que les contractions deviennent plus douloureuses. Toujours irrégulières. Quoique … Je regarde discrètement l’horloge du salon … une contraction toutes les 30 minutes, … très rapidement elles passent à 20 minutes puis 10, tout cela sur le temps d’un film. A la fin du film, mon mari se rend compte que les positions que je prends pour me soulager n’ont plus rien de celles que je prends habituellement pour regarder un film. Il me demande si j’ai encore des contractions, je lui dis que oui mais que ça va passer. Il ne me croit pas bien entendu, il sait à quel point je peux être septique et nier certaines situations bien réelles. A ce moment, nous montons nous coucher. A peine arrivée sur notre lit, je ressens une contraction qui me ramène à la naissance de ma deuxième fille. Il m’a fallu 3 ans pour oublier ces douleurs là … A ce moment, un sentiment de panique m’envahit, je ne peux pas revivre ça, ce n’est pas possible, je vais y passer ! Pourtant je ne veux pas m’enfermer dans cette bulle nocive qui m’avait pris toute mon énergie, qui m’avait rendue spectatrice de mon deuxième accouchement. Je veux maîtriser cette douleur pour mieux l’accompagner, donner un sens à celle-ci, ne pas la contrer, ne pas lui dire non …

A ce moment, je dis à mon mari que je veux prendre un bain. S’il s’agit d’un « faux » travail, les contractions s’arrêteront. Ce que je sais également, c’est que s’il s’agit d’un « vrai » travail, les contractions deviendront plus régulières, plus efficaces et qu’à ce moment là, il me serait impossible de prendre la route pour la maison de naissance.

Le bain chaud … le pied !! Ca me fait un bien fou … et surprise, plus de contraction ! Je dis à mon mari : « Ne te tracasses pas, va dormir, je me relaxe un peu et je viens te rejoindre, je n’ai plus de contraction ». Mon mari, quelque peu désemparé me dit alors qu’il n’est pas question qu’il aille au lit, qu’il reste près de moi quand même au cas où. Une demi-heure passe avant l’arrivée d’une nouvelle contraction. La suivante se fait sentir 7 minutes après. Vingt minutes plus tard, j’ai des contractions toutes les 4 minutes… je n’y crois toujours pas. Elles ne durent qu’une trentaine de secondes et non une minute. C’est alors que mon mari me dit : « Il faudrait peut-être monter à la maison de naissance maintenant, ça à quand même l’air de se confirmer… » Je lui réponds que je suis bien dans mon bain, que ce n’est peut-être pas encore le travail car les contractions ne durent pas longtemps et que je serais incapable de faire une heure de route dans ces conditions. Il me demande alors ce qu’il faut faire. A ce moment là, je doute, je ne sais pas, je ne sais plus. J’ai besoin qu’on me dise ce qu’il faut faire… J’ai l’impression de ne pas être prête, ce n’est pas possible, je ne suis même pas encore à 40 semaines, je suis à 39 semaines et 5 jours (quelle différence me direz-vous), et puis … ca peut paraître bizarre mais … c’est un petit bonhomme qui est sur le point de débarquer dans notre vie. Nous avons deux petites demoiselles … Comment ça fonctionne un ptit mec ? La grande question que je me pose depuis l’annonce du sexe et à laquelle je n’ai pas encore de réponse. Est-ce que je vais parvenir à lui donner la même place dans mon cœur qu’à mes deux chéries ? Ca se bouscule dans mon esprit. La veille, Thérèse m’a expliqué la démarche à suivre, qui appeler et à quel moment… je ne sais plus. Il est passé 23h, je ne veux déranger personne à cette heure là. A ce moment, mon mari prend les choses en main et téléphone à la sage femme de garde de la maison de naissance qui lui explique qu’il doit contacter Thérèse en premier lieu et que cette dernière préviendra Bénédicte si c’est nécessaire. Il contacte donc Thérèse. Il lui explique que j’ai des contractions de plus en plus régulières toutes les 4 minutes et que je suis dans mon bain. Thérèse arrive 50 minutes plus tard. Je suis encore septique … Elle m’examine, je suis à 7-8 cm, il est  minuit et demi. Elle m’observe durant quelques contractions et me demande : « Les contractions sont toujours comme ça ? » (Toujours aussi courtes), je lui réponds que oui, m’imaginant qu’elle va me confirmer que c’est un « faux » travail … C’est lorsqu’elle va chercher tout son matériel que je réalise que mon bébé est réellement en chemin et que ce sera pour cette nuit.

Je n’ai pas peur, je suis chez moi, parmi les miens, en sécurité dans ma petite bulle. Je « vis » mon travail, je ne le subis pas comme pour mon précédent accouchement. Chaque contraction me rapproche de cette rencontre. Je leur dis « oui » mais en même temps, cela me fait du bien de dire « non » à la douleur… Durant tout le travail, je me suis imaginée que la douleur n’était que le résultat de mes peurs, de mon vécu et je me construisais une barrière imaginaire entre mon cerveau et mon bas ventre à chaque contraction en me répétant que c’était moi qui créais cette douleur et que donc je pouvais l’atténuer… croyez-le ou pas mais ca fonctionne. Ca et l’état de détente dans lequel je me suis trouvée dans l’eau chaude du bain m’ont vraiment aidé à gérer la douleur. La préparation à la naissance que j’avais commencé avec Marie-christine m’a procuré pas mal de pistes pour affronter ce voyage. De l’auto hypnose je n’ai utilisé que la détente. Avant mon travail, je ne pensais pas que je puisse me détendre lors des contractions, mais en me forçant un peu et en allant chercher de l’énergie au plus profond de moi, j’y suis parvenue … Laisser venir les contractions, leur dire « oui » mentalement et physiquement, c’est cela qui m’a aidé à surmonter ce passage obligé. L’image que Thérèse m’avait donnée la veille m’a également aidé. La montagne que l’on monte et que l’on redescend à chaque contraction permet de se situer dans le temps. Grace à cela, il me semble que mes contractions étaient rapides et que les descentes étaient plus longues que les montées … La dernière chose qui m’a bien aidée et qui est venue spontanément est l’utilisation de sons. Je me concentrais tellement sur ces sons que les contractions semblaient passer plus vite.

Au début du travail, je me suis installée comme on s’installe habituellement dans une baignoire, allongée sur le dos. Mais très vite, cette position s’avère inconfortable. Un peu après que Thérèse soit arrivée, je m’allonge sur le côté gauche. Tout aussi inconfortable « extérieurement », mais dans mon bidon, je sens que les choses changent. Mon petit loulou n’était pas bien positionné en début de travail, il avait son petit dos contre le mien et il n’était pas engagé. Il faut donc qu’il se mette dans la bonne position pour pouvoir descendre correctement. Sans doute est ce cela qui prend autant de temps.

Thérèse installe tout son matériel. Une fois terminé, elle s’installe à côté de la baignoire. Mon mari, lui, s’est mis à mes pieds. Thérèse écoute régulièrement le petit cœur du petit loulou battre. Il est très courageux, à aucun moment il ne nous a fait de frayeur.

Vers 1h30, Thérèse contacte Bénédicte et lui dit que je suis en travail. Bénédicte se met immédiatement en route et arrive vers 3h (et oui, pas évident de s’y retrouver dans la brousse ardennaise !)

J’ai le vague souvenir de lui avoir dit bonjour mais j’étais déjà bien « enfermée » dans ma bulle et le monde extérieur me paraissait lointain. Thérèse lui dit par deux fois : « Elle t’attendait » … C’est bizarre, je n’ai pas l’impression d’attendre qui que ce soit, en tout cas consciemment. Et en même temps, tout se précipite quelques temps après son arrivée. Le temps me semblait très long jusque là, je m’épuise tout doucement, je suis de moins en moins détendue, j’ai l’impression que la position que j’ai prise il y a 2h ne fait qu’amplifier la douleur, je suis toute engourdie.

Thérèse me propose de changer de position et de me mettre à genou, ma tête reposant sur les genoux de mon mari assis près de la baignoire. La douleur se fait sentir non pas plus violente mais différemment. Je suis épuisée, je n’ai pas dormi la nuit précédente et tout ce dont je rêve à cet instant c’est de m’endormir dans mes couettes bien chaudes. J’ai mal partout, la baignoire me fait mal, mes genoux commencent à me faire souffrir. Je désespère. Je m’imaginais que le travail serait très rapide en comparaison avec celui que j’avais vécu pour ma fille cadette, il n’avait duré qu’1h30. Quand j’étais arrivé à la MDN, j’étais à 8 cm, une heure plus tard, elle était là. Ici, j’étais à 7-8 cm à minuit, il est passé 3h30 et je n’ai toujours pas envie de pousser. J’en ai marre, je n’en peux plus … je me mets à sangloter, je veux en finir. La douleur commence à se faire plus intense. On me met des draps sous les genoux. Je dis à Bénédicte que je n’en peux plus, qu’il me faut quelque chose pour stopper cette douleur que je ne parviens plus à gérer, je la supplie. Thérèse me fait avaler un remède homéopathique je pense.  Je reprends doucement mon calme, je suis tout contre mon mari, sa chaleur me fait du bien, sa sérénité aussi. Entre deux contractions je me rends compte que ce n’est pas plus éprouvant qu’avant, pas plus douloureux non plus mais que la douleur et la panique ont pris le dessus simplement parce que je me décourage, parce que j’ai peur que ça n’en finisse jamais et sans doute, parce que dans mon corps, une nouvelle phase du travail débute et que ce sera la dernière. Suis-je vraiment prête à accueillir mon bébé ? C’est peut-être cela qui me fait peur …

Une sorte de rage monte tout doucement du fond de moi-même. C’est comme si mon corps se révoltait, qu’il n’acceptait plus la place de spectateur qu’il avait prise quand je me décourageais. A ce moment, alors que je ne ressens pas encore le besoin de pousser, je me mets tout de même à le faire lors de chaque contraction. Une, deux, trois contractions passent comme cela. Je désespère de ne pas sentir cette sensation de brûlure qui indique que la tête est en chemin vers la sortie. Lorsque la 4ème contraction se fait sentir, j’ai besoin, cette fois de pousser. Je n’ai plus envie mais besoin ! Il est 4h30. Le courage me revient d’un coup. Chaque poussée me redonne de l’énergie car chacune d’entre elles me rapproche de mon petit cœur. 15 minutes plus tard, lors d’une poussée, je sens la poche se rompre. Je reprends de plus en plus courage. Puis cette « douleur » tant attendue, qui n’est rien à côté des contractions et qui achève de me remotiver, la brûlure ressentie lorsque la tête est sur sa dernière ligne droite. A chaque contraction, je pousse d’autant plus fort. Thérèse m’invite à sentir sa tête avec mes doigts. J’ai l’impression de devoir monter loin pour sentir sa petite tête mais cela ne me décourage pas, que du contraire. Je sens sa tête déformer mon périnée, puis je sens tout son visage passer, quelle sensation indéfinissable. Une dernière poussée pour faire passer le menton, … ouf ca y est le plus dur est fait (c’est ce que je pense du moins) !

Comme je voulais accoucher dans l’eau et la tête étant sortie, on me maintient le bas du dos dans l’eau. J’attends un peu avant de me remettre à pousser. Je veux attendre la prochaine contraction. Mais … plus rien, plus de contraction, plus envie de pousser, plus rien … comme si mon corps m’envoyait paitre … ! Bénédicte me dit de pousser, ce que je fais mais même avec la meilleure volonté du monde, je n’y parviens pas. J’ai l’impression de pousser dans le vide, sur « du rien du tout » … Je lui dis : « Je n’y arrive pas, il faut qu’on m’aide ! », Bénédicte me dit : « Oui, oui, Thérèse va t’aider » A ce moment, je sens que Thérèse tire sur la tête de mon petit lou mais sans succès.

La précipitation n’aurait été qu’une source de stress pour moi. Je sais à ce moment précis que je suis entre de bonnes mains et que tout va bien, je sens mon bébé me donner quelques derniers coups de pieds avant son entrée dans le monde, je ne suis pas stressée, tout va bien, je n’ai plus mal, je suis détendue. Je ne me pose donc pas de question lorsque Bénédicte me dit de sortir du bain, elle me dit qu’il faut que je me couche par terre sur le tapis de bain car les épaules de mon loulou ont du mal à passer et qu’ainsi elles pourront les dégager plus facilement. Ca ne fait qu’un tour dans ma tête, pas question que j’accouche sur une carpette !! Tout ce dont j’ai peur, c’est de cogner la tête de mon bébé en sortant du bain … On me dit de me mettre debout et d’enjamber la baignoire et on demande à mon mari de m’aider. Je revois encore mon mari me tendre la main (hahaha) … ce n’est pas d’une main dont j’ai besoin mais d’un élévateur !! Après être restée 7h sans bouger dans une baignoire toute dure et après avoir fait les plus gros efforts de ma vie, je suis incapable de me mettre debout ! Je suis complètement engourdie ! Je répète plusieurs fois à mon mari de me prendre en dessous des bras pour me soulever car je ne sais pas me « déplier » et qu’il ne faut quand même plus trop traîner. Il ne se rend pas compte que je suis incapable de me mettre debout seule. Pour finir il me prend sous les bras non pas sans difficulté et m’aide à enjamber la baignoire tant bien que mal. Pendant ce temps Thérèse était partie chercher son tabouret d’accouchement ! Quelle merveille cette petite chose ! Ils m’aident à m’asseoir. A peine assise, je sens qu’on dégage doucement les épaules de mon loulou, ça fait mal mais je m’en fiche, je suis bien au-delà de ça. Une fois l’épaule passée, je sens tout son petit corps chaud passer doucement, puis d’un seul coup, tout le reste de son corps passe. Quelle sensation !! Je le prends directement dans mes bras et je le serre très fort contre moi. Il est 5h15. Qu’il est magnifique notre fils !! Quel beau bébé, tout bleu, mauve et rose, tout gluant et blanc de vernix mais qu’est ce qu’il est beau ! Je garderai cette image dans ma mémoire toute ma vie… Quelle magnifique venue au monde ! Qu’il a été courageux de faire tout ce travail ! Quel bonheur !

Thérèse nous demande comment nous l’appelons. Je regarde mon mari avec un grand sourire, nous ne nous sommes pas encore décidés. J’ai très envie d’un prénom et je lui redemande donc s’il est d’accord pour ce choix, il me répond que oui tout ému. Notre fils s’appelle Gabriel, comme son arrière grand-mère et son arrière grand oncle avant lui.

On me fait une petite injection d’ocytocine, histoire que mon utérus bien fatigué ne traîne pas de trop à expulser le placenta. Mon mari coupe le cordon. Une fois le placenta expulsé, on m’emmène dans notre chambre. Je n’aurais pas su faire un pas de plus, j’ai énormément de vertiges.

Nous restons un peu tout les trois dans notre chambre. Mon mari sort peu de temps après. Une petite voie se fait entendre dans le couloir, il est 6h15, notre fille aînée s’est réveillée. Elle dit à son papa dans le couloir qu’elle a entendu du bruit mais qu’elle est restée dans sa chambre et que maintenant elle veut voir son petit frère … Je n’oublierai jamais son visage en entrant dans notre chambre, elle avait un grand sourire et elle est directement venue faire un bisou à son petit frère et disant des « Ooooooh qu’il est beau »… Notre deuxième fille se réveille une heure plus tard, elle sort de sa chambre en même temps que Thérèse sort de la notre. Elle a un petit instant de recul puis je l’appelle, elle vient me rejoindre. Elle est toute gênée et ne sait pas quelle attitude adopter. Elle ne veut pas lui faire de bisou sous prétexte qu’il est « tout sale » et le regarde comme si c’était un extraterreste… mais est  tout de même très attendrie.

Notre petit Gabriel prend le sein très rapidement après nous être installés dans notre chambre. Il reste en peau à peau durant plusieurs heures, quel bonheur !

« Petit » Gabriel pèse 4Kg800 et mesure 53 cm … C’est un petit garçon en pleine forme et en bonne santé. Je l’allaite à la demande, au début toute les heures et demi. Il récupère son poids de naissance le 4ème jour.

De mon côté, certes il me faut plus de temps pour récupérer que pour nos deux aînées, mais la « magie » qui a tourné tout autour de cet accouchement et de notre petit bonhomme efface tous les petits désagréments qui ont pu survenir par après …

Comme pour notre petite Louise, nous tenons à remercier les sages femmes qui nous ont suivis tout au long de cette aventure, à la maison de naissance et à la maison. Nous les remercions pour leur patiente, leur écoute, leur disponibilité et toute cette chaleur avec laquelle elles nous accueillaient.